Mon boulot sur le service public radiophonique, c'est en gros de commettre une chronique humoristique le lundi matin entre un tremblement de terre, et l'annonce des chiffres du chômage.

Généralement, histoire de ne pas me retrouver à poil comme une strip-teaseuse au congrès annuel des brasseurs bière du Bas-Rhin, je passe mes week-ends à compiler les infos susceptibles de déclencher un sourire ou une brève poilade. 

Une analyse géopolitique de Morano, un conseil capillaire de Ciotti,  la gestion de crise de l'affaire Benalla, le vivre ensemble selon Le Pen, la renaissance du parti socialiste ou l'intérêt des français pour l'écologie. 

Le temps de trouver un angle et d'apprendre à épeler Khashoggi ou Pabuk en espérant qu'une idée, un calembour, voire un contrepet vienne percuter mon cerveau embrumé. 

Le problème, c'est que depuis 8 semaines, le samedi c'est gilets jaunes, le dimanche c'est gilets jaunes et le lundi matin c'est gilets jaunes. 

Entre les pronostics du vendredi sur le nombre de gilets jaunes et de forces de l'ordre en course pour le lendemain, le bilan du samedi soir et le débriefe par les experts en gilets jaunes et en maintien de l'ordre. C’est simple, je ne suis plus chroniqueuse, je suis turfiste.

Le pire moment c'est le samedi de 7h à 12h! 

Après l’arrivée des premiers gilets jaunes en haut des Champs-Elysées, les 5 heures de plan statique de manifestants figés par le froid, la torpeur des CRS et la détresse des éditorialistes forcés de commenter ce que n'importe quel journaliste sportif appellerait... l’échauffement. 

C’est un véritable calvaire. 

Je vous jure qu'à ce stade le choix entre écrire une chronique ou explorer le caractère récréatif d'un suicide au gaz, n'est plus tout à fait une évidence.

Midi, petite déambulation pacifique des manifestants, premières estimations et premiers débats : ”vous êtes trois",  “on est un million", "je suis la république", "et moi le peuple", “Macron démission“, “et mon cul c’est du poulet ?“ 

Si tout va bien, ça te tient jusqu'à l’apéro, où là, miracle, pile au moment où tu finissais par espérer le retour de la pub pour les gélules contre la diarrhée et la dernière pizza tartiflette... ça commence enfin à s'agiter. 

Les forces jaunes se mettent à courir, les forces noires tentent de les bloquer ; mécaniquement tu te remets à compter les vitrines brisées et là pof... l'écran devient tout blanc sous les lacrymos. Sans le son, t'as carrément l'impression de contempler une chute de neige dans le brouillard.

18h début de l'animation pyrotechnique de fin de journée avec voitures en flamme et grenades assourdissantes histoire de tenir jusqu'au 20 heure pour écouter des spécialistes deviser sur les différences entre un vrai et un faux gilet jaune, un modéré et un radical et finir par disserter jusqu'au dimanche soir pour savoir si un gilet jaune radical c'est toujours un gilet jaune ou juste un casseur qui aurait enfilé un gilet jaune? 

Mais sans déconner, ça vous dirait pas de faire ça, le mardi ou le mercredi, histoire de démarrer la semaine en parlant d'autre chose, je sais pas moi, de pouvoir d'achats, de justice sociale, d'environnement ou tient, de liberté de la presse, je me disais qu'un 7 janvier, parler de liberté de la presse ça pourrait avoir du sens.

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