Dans la guerre virtuelle qui agite les réseaux sociaux, alimente les chaînes d’info continue, nourrit les éditorialistes, les humoristes, les politiques, les militants voire les complotistes, pour imposer leur interprétation des faits et leur « morale de l’histoire », on le sait : tous les moyens sont bons.

« Greta Thunberg est-elle plus dangereuse que le dérèglement climatique ? » 

« Ne devrait-elle pas retourner à l’école et attendre bien sagement que la banquise ait fini de fondre ? » .

« Zemmour est-il un historien éclairé » ou un « agitateur de haine ? » « Faut-il inviter Zemmour », « pourquoi en parler » tiens c’est vrai ça « pourquoi j’en parle ? ».

Quelle que soit l’info, quel que soit le sujet : un tweet de Trump ou un incendie dans une usine de lubrifiant, et la machine à polémiques se met en route avec la rapidité et la spontanéité d’une amicale d’éjaculateurs précoces venus se palucher sur tout ce qui se trouve en tête de gondole de ce qui devrait s’appeler “le débat public“, mais dont la consistance et l’odeur rappelle plus sûrement… celle d’un concours de pets sur une toile cirée. 

Dans cette gabegie intellectuelle et morale qui nous agite le temps que la banquise ait fini de fondre, que Zemmour ait terminé ses appels à la haine et que Trump en finisse avec tout ce qui pourrait de près ou de loin ressembler à un ordre mondial, il restait une chose ; une seule chose capable de suspendre notre velléité à nourrir cette bête immonde et cette chose c’est la mort.

Oui la mort. Ce moment où tout le monde s’arrête pour un instant de silence et de décence pendant lequel chacun peut faire le compte de ce qui lui reste d’humanité, pour rendre hommage aux victimes, aux familles endeuillées, aux proches, à tous ces espoirs perdus et son cortège d’orphelins et de vies brisées

Il y avait bien sûr des exceptions, il y a toujours eu un charognard pour rouvrir son petit commerce au moment où tout le monde baisse le rideau, le pavillon ou l’étendard, mais jusque là, lorsqu’un attentat était commis et à fortiori sur le sol français, tout le monde ou presque, avait la décence de… fermer sa gueule un instant. 

Les corps de Damien, Anthony, Brice et Aurélia gisaient encore dans les locaux de la préfecture de police, que sur le parvis, le cortège de vendeurs à la sauvette battait déjà son plein. 

Les vendeurs d’ironie morbide à l’égard des policiers, les vendeurs de haine pour brader leur projet de “remigration“, les vendeurs de doutes guettant chaque déclaration d’un ministre pour en déceler les signes indiscutables du complot des élites pour le compte “de hordes de migrants islamisés“. 

« Peut-on entendre des voix quand on est sourd ? », « Faut-il interdire les couteaux en céramique et l’établissement de nouvelles mosquées en France ? » « Faut-il limoger Castaner ou exclure tous les fonctionnaires musulmans ou seulement les convertis ? » « Castaner est-il converti à l’islam ? » « L’islam est-il en phase de castanerisation ? »… 

Bref, autant de questions essentielles qui, mais ça n’est que mon avis, auraient peut-être pu attendre que l’on s’incline ne serait-ce qu’un instant, pour rendre hommage à Damien, Anthony, Brice et Aurélia.

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