Valentin Gendrot a consacré deux ans de sa vie à infiltrer la police nationale pour raconter dans un livre le quotidien d’un policier.

Oui je sais ça peut surprendre, mais on en est là, aujourd’hui quand on décide d’infiltrer une organisation pour briser la “loi du silence“, on a le choix entre infiltrer un réseau de trafiquants ou… un commissariat de Police.

Partant du principe que : « y’a qu’un voyage clandestin dans un commissariat qui peut permettre de voir ce qu’on ne voit jamais, les violences policières d’un côté, et de l’autre tout ce qui est lié aux conditions de travail et mal-être policier. » 

Valentin Gendrot est-il le nouveau Gunter Wallraff, la nouvelle Florence Aubenas ou le Donnie Brasco des commissariats ? Avait-il le droit de prêter serment ? La vérité en sort-elle gagnante ? etc… 

Je m’attendais à toutes ces questions légitimes et je me doutais que livre donnerait lieu à quelques polémiques sur la nécessité ou non de recourir à l’infiltration pour briser ce que -j’attendrais d’avoir lu le livre pour le qualifier d’“omerta ou de pudeurs solidaires des policiers dès qu’il s’agit de dénoncer des violences et du racisme au sein des forces de l’ordre“.

Je m’attendais à toutes les polémiques, franchement on sait à quel point sur les réseaux sociaux, tout le monde démarre au quart de tour, mais je n’étais pas préparée à celle qui entoura les commentaires suites aux premières interviews ; à savoir que le problème serait que… - accrochez-vous bien – que Valentin Gendrot est blanc. 

Car oui, pardon, j’avais oublié de vous préciser, Valentin Gendrot est Blanc et quand je dis blanc, c’est hyper blanc. A ce stade et à défaut de test ADN qui prouverait l’inverse, il est blanc de chez blanc. 

Ce qui apparaît donc dans certains commentaires comme -je cite-  « une nouvelle sacralisation de la parole des hommes blancs, qui seraient seuls en capacité de prouver les dynamiques d'oppression.(…) Une réalité documentée depuis des décennies par les habitant.e.s des quartiers populaires, des assos de terrain et des médias indépendants. »

Et voilà, encore une fois Gunter Wallraff n’est pas turc, Florence Aubenas n’est pas pauvre et sans éducation et Valentin Gendrot n’est ni noir, ni arabe !!! 

Comme par hasard, il faut toujours attendre que ça vienne des blancs.  D’ailleurs même le commentaire a été écrit par une blanche. CQFD. 

Si seulement c’était l’occasion de regretter un manque de diversité dans le journalisme en particulier ou dans les médias en général mais pas du tout, non.  Là, l’idée c’est de reprocher à Valentin Gendrot d’être un homme blanc qui parle de racisme touchant des noirs et des arabes.

Alors, cher Valentin Gendrot, je ne sais pas si cela peut vous rassurer, mais que vous ne soyez ni noir ni arabe n’est pas grave en soit. Vous êtes blanc, c’est arrivé à d’autres et même à des gens très bien. 

Cela vous autorise ni plus ni moins qu’un noir, un asiatique, un arabe, un petit, un grand, un chauve ou un roux à parler de tout. 

J’espère simplement que cette micro polémique ne vous a pas refroidi et si cela peut vous rassurer, pensez à la situation de Geoffrey Le Guilcher qui, après quarante jours d'infiltration dans un abattoir breton pour dénoncer les maltraitances animales, se verra certainement reprocher un jour de n’être ni un veau, une vache ou un cochon. 

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