Sophia Aram s'adresse au policier ou au gendarme à qui 'l'Etat a confié l'immense tâche d'exercer en notre nom la violence légitime pour garantir à chacun la jouissance pleine et entière de tous ses droits à commencer par sortir vivant d'une interpellation ou revenir avec ses deux yeux d'une manifestation...'

Lettre à l’intérieur

Pour assurer une transition douce après les lettres d’intérieurs portées par la voix suave et sucrée d’Augustin Trapenard et à défaut d’avoir reçu d’un auteur ou d’une autrice une longue plainte mélancolique et nécessaire, j’ai choisi de vous lire ma lettre à l’Intérieur.

"Paris, le 7 juin 2020

Cher toi, qui exerce un boulot souvent mal rémunéré, souvent dangereux et qu’il t’arrive de payer au prix de ta vie. Cher toi, policier ou gendarme à qui la République a confié le monopole de la violence légitime, pour assurer en notre nom, l’immense tâche de garantir à chacun la jouissance pleine et entière de tous ses droits… à commencer par celui de ressortir vivant d’une interpellation ou celui de rentrer avec ses deux yeux d’une manifestation. Je sais que ton métier est difficile.

Je sais aussi qu’il t’arrive de douter en écoutant certains de tes collègues nous expliquer l’incroyable concours de circonstances dans lequel ces derniers ont infligé 30 jours d’ITT à un gamin de 14 ans au cours d’une interpellation pour vol de mobylette.

Je te sais choqué par les propos racistes de ces autres collègues déversant leur haine à l’encontre des noires, des arabes, des juifs, des musulmans, des gays et de tous ceux à qui ils dénient le bénéfice des droits qu’ils sont précisément sensés leur garantir.

Je te sais effondré par les propos de ce syndicaliste policier qualifiant de « menace » le timide rappel à la loi exercé par ton ministre de l’intérieur.

Je sais que tu sais que l’on t’en demande trop et que bien souvent, après l’abandon de certains politiques, commissaires, préfets, élus, responsables associatifs, syndicalistes et plus généralement de tous les corps intermédiaires… nous comptons toujours sur toi. 

Sur le fait que jamais tu ne sois traversé par l’idée de démissionner, voire pire ou de basculer toi-même dans les travers que tu es censé empêcher.

Je sais que tu connais la cohorte des agitateurs de haine n’ayant d’autres volontés que celle de provoquer l’incendie dont ils espèrent bénéficier dans les urnes et qu’ils finiront bien par te demander d’éteindre.

Je sais que tu sais que cette situation ne pourra pas éternellement continuer de se dégrader

Je sais qu’il n’est plus possible que des individus vivent avec la peur d’un contrôle au faciès qui se termine mal, de vivre avec la crainte d’être humilié, moqué, brutalisé.

Je sais que tu sais que les mots "crouilles", "négros", "bougnoules", "salopes", "pédés", "racailles", ne peuvent impunément être prononcés par ceux dont le métier est d’aider la justice à condamner ceux qui les profèrent.

Je sais que tu sais, que ni toi, ni moi, ni les responsables politiques ou associatifs, ni les journalistes, ni les juges, ni les inspecteurs de l’IGPN, ni les avocats, ni les syndicalistes ni personne ne dispose plus du luxe de te laisser seul, face à cette situation.

Peu importe la manière dont il faudra s’y atteler, mais il est temps de mettre de l’ordre dans le maintien de l’ordre. Il est temps de rebâtir la confiance nécessaire entre tous les citoyens et ceux qui ont la charge de les protéger.

Il est temps que tous ceux qui de près ou de loin peuvent aider, se mettent autour d’une table parce la seule chose dont je sois certaine :

C’est que le jour où tu baisseras les bras, nous n’aurons plus, ni toi ni moi, les mêmes droits.

Bisous"

Sophia

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