Comme le disait si bien la poétesse Amanda Gorman pendant la cérémonie d’investiture de Jo Biden...

Quand le jour arrive, on se demande où pouvons-nous trouver la lumière dans cette ombre sans fin. 

Oh la boulette ! Ah oui déso, pardon, j’ai oublié, mais je peux pas traduire Amanda Gorman. (…) Ah bah non pas du tout, parce qu’Amanda Gorman est noire et que je suis marron. Enfin marron, plutôt marron clair, beige, ou greige, voire blanc cassé quand je suis fatiguée. Écrue quand j’ai bu, beigeasse quand j’ai… mangé trop lourd. 

D’ailleurs quitte à être précise, Amanda Gorman n’est pas noire. Elle est plutôt marron foncé. On dit noire par convention, parce qu’annoncer la poétesse afro-américaine marron foncée c’est précis mais long. Alors que noire. C’est générique. 

C’est comme moi d’ailleurs. Si on veut être précis je suis couleur chaï bien infusé au lait d’amande. Mais pour éviter de dire Sophia Aram la meuf d’inter couleur chaï bien infusé, on dit : Sophia Aram musulmane. Ou Sophia Aram « d’origine musulmane », ce qui ne veut rien dire non plus, rapport au fait que je suis athée, et que la Musulmanie n’est pas un pays et encore moins une origine. 

J’en profite au passage pour dire aux sympathisants de Marine Le Pen que « la Bougnoulie » n’est pas un pays, pareil pour le « Bougnoulistan ».

Bref, peu importe, en tout cas vu le tollé suscité par le choix de faire traduire Gorman par une blanche, je ne suis absolument pas de la bonne couleur pour le faire…

Éventuellement je pourrais traduire du Tahar Benjelloun, s’il n’écrivait pas déjà français… Ou Nabila, si elle écrivait et bien sûr si j’avais des seins. 

Pour que je puisse terminer ma chronique, faudrait prendre un nuancier et regarder le trombinoscope d’Inter pour voir s’il y en a un ou une qui corresponde, genre Aline Afanoukoé… ou  Roukyata Oudraogo… ou pile entre les deux voyez, Ali Rebeihi, mais en fille, et quand il rentre de vacances… 

Ou l’idéal, ce serait une afro américaine, poétesse, mince, ayant eu des problèmes d’élocution quand elle était jeune, issue d’une famille monoparentale… Quelqu’un comme Amanda Gorman. Mais qui parlerait français bien sûr. Remarque je sais pas si Aline Afanoukoé et Roukyata Oudraogo parlent anglais. Mais à ce stade il faudrait éviter de trop compliquer les choses qui le sont suffisamment depuis qu’il faut trouver des traducteurs de la même couleur voire de la même origine ou condition sociale que leurs auteurs. 

Parce que le jour où faudra traduire les mémoires de Stevie Wonder à part ressusciter Ray Charles je vois pas comment on va faire… À la limite Gilbert Montagnier… Mais ça va coincer, rapport à la couleur.

Le problème c’est qu’un monde où la couleur de peau est un critère de choix, de sélection, au même titre que le talent, la connaissance, la sensibilité, la capacité d’un traducteur à se mettre au service, à épouser, à habiter l’âme de l’auteur… C’est un monde raciste. 

Un monde dans lequel, l’écrivaine néerlandaise pressentie pour traduire Amanda Gorman, doit renoncer en raison de sa couleur de peau est un monde raciste. 

Être écarté d’un emploi pour sa couleur de peau s’est être victime de racisme. 

Rechercher quelqu’un de la bonne couleur de peau, trier, comparer, hiérarchiser, structurer en fonction de la couleur de peau, c’est un monde raciste. 

En réalité ces antiracistes qui vocifèrent contre le choix d’une écrivaine rose pâle pour traduire une poétesse marron foncée, sont racistes. 

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