« Pauvres vaches, lesbiennes, insatisfaites notoires, chieuses de première, vieilles idiotes, moches, jalouses, rombières, frustrées, féministes, gauchistes, femmes laides, insupportables bonnes femmes, gourdes, coincées, vieilles peaux, connes... »

Quand on lit sur les réseaux sociaux ce déferlement d'insultes à l'encontre de deux historiennes, on se dit qu'elles ont dû sacrément "chier dans la colle" pour déclencher ça.

Alors qu’ont-elles dit pour susciter autant de haine? 

Qu'il y a trop de foot à la télé ?
Qu'une corrida serait plus festive si on remplaçait les taureaux par des apprentis bouchers ? 

Parce que là franchement, à part dépecer un chaton vivant ou pire traiter des gamers de couillons, je ne vois pas ce qui pourrait déclencher ce flot d'injures. 

Rien de tout ça, Laure Murat, professeure à l'université de Californie et Michelle Perrot, professeure d’histoire contemporaine à l'université Paris-Diderot se sont contentées d’évoquer la “galanterie à la française à l'antenne de France culture“ :

Alors la galanterie française c'est en générale ce que l'on met en avant pour ne pas penser ce que serait les rapports de séduction en France. Il faut déconstruire ce type de choses et ne pas s'emprisonner dans des préjugés, des stéréotypes et des représentations  

A la question centrale posée par ces deux historiennes, à savoir : “Que cache le mythe de la galanterie à la française ?“ 

Lisez les commentaires sous la vidéo de leur intervention et vous aurez un début de réponse.

Parmi les ambassadeurs et ambassadrices de la bienséance et du bon goût réagissant au crime qui consiste à faire de cette délicieuse tradition française un objet d'étude, il se trouve pas mal de femmes pour expliquer que si les deux historiennes ne comprennent rien à la galanterie c'est certainement qu'elles n'ont pas dû avoir le plaisir d'en bénéficier et parce qu'elles sont -je cite- ... “laides, veilles, moches, mal baisées et certainement lesbiennes.“

Il y a tous ces hommes qui renoncent temporairement à leur éducation pour je cite : “ leur refermer la porte dans la gueule" ou leur proposer de combler de manière brutale et non consentie, ce qu'ils analysent comme l'expression d'un manque de pratique sexuelle.

Ceux qui s'interrogent en se demandant si elles préféreraient “se faire violer par des migrants à la fête de la bière plutôt que de recevoir un bouquet de fleur“... - je ne fais que lire.

Et puis comme souvent dans ce genre de lynchage on retrouve toujours, un journaliste par-ci, une romancière par-là, préférant caresser dans le sens du poil, le bulbe primo-affectif de tout ce que les réseaux sociaux comptent de beaufs incultes, en ramenant un objet d'étude universitaire, sur le terrain de l'indignation faussement morale de la défense de la "culture française" à l'encontre de deux historiennes que leur public ne manquera pas de qualifier de féministes enragées à la solde du lobby LGBT et du relativisme ambiant.

En 2018, j'imaginais qu'une critique de la “galanterie à la française“ pourrait déboucher sur la généralisation d'une politesse sincère et attentive à tous.
Mais pour cela il faudrait que certains hommes renoncent à la position condescendante et faussement désintéressée que leur confère leur galanterie à l'égard des femmes et qu'une partie des femmes renonce à l'exclusivité et la passivité au nom de leur “condition de faible femme“ et du devoir des hommes à les protéger.  

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