Lors du premier confinement, surpris par la rapidité et la violence de la première vague du Virus, effrayés par l’annonce du nombre de morts, de lits de réanimation, de masques, de rouleaux de PQ ou - détail qui tue- de boites de sédatifs indispensables aux soins intensifs… (vous vous souvenez…)

Spontanément, tous les soirs à 20h, nous avons applaudi à nos fenêtres pour dire : Merci. 

Merci aux soignants, merci aux pompiers et aux ambulanciers, merci aux éboueurs, merci aux personnels des commerces alimentaires et autres produits de première nécessité et j’en passe.

Merci pour leur aide, merci pour leur courage. 

Merci d’être là, merci pour nous, merci pour tout et pour tout le reste.

Depuis le début de ce deuxième confinement, de nouveau surpris par la rapidité et la violence de cette deuxième vague annoncée depuis plusieurs mois, benoitement étonnés par la régularité et la constante progressivité du nombre de contaminations, de nouveau effrayé par l’annonce du nombre de morts, de lits disponibles en réanimation… Voilà que tous les soirs à 20h, sans aucune concertation et avec tout autant de spontanéité :  on ne fait rien. 

On n’applaudit pas, on dit plus merci, on ne chante plus, rien, walou, quedal. 

C’est simple pour faire plus rien, il faudrait être chargé du protocole sanitaire au sein de l’administration Trump. 

Et bien, j’ai réfléchi et je sais exactement pourquoi on ne fait rien. Si si, j’ai la réponse, d’ailleurs je n’en vois qu’une. 

On ne fait rien, on ne dit rien et surtout on évite d’en parler parce que tout le monde sait très bien qu’après n’avoir pas fait grand chose pour conserver nos distances, nous protéger, veiller à se faire tester, éviter les dîner en famille, les soirées débridées et j’en passe… Si d’un coup on se mettait à ouvrir nos fenêtres pour dire quelque chose aux personnels soignants ce serait :  Pardon. 

Pardon pour ceux qui ont écouté, voire diffusé ceux qui - en dépit de la réalité- continuent de nous expliquer qu’une deuxième vague est scientifiquement impossible, 

Pardon pour les quelques médias privilégiant les discours de rares timbrés parmi les médecins ou scientifiques, prêts à raconter n’importe quoi pour nous rassurer, 

Pardon pour ceux qui ont organisé des fêtes de pré-confinement, de confinement ou de dé-confinement, à la manière d’un alcoolique sabrant le champagne pour célébrer sa première demi-heure de sobriété,

Pardon pour tous ceux qui n’ont pas compris que l’intérêt d’un couvre-feu ne résidait pas dans l’organisation d’un happy hour surpeuplé à 18h, 

Pardon pour la ligne 13 du métro parisien, 

Pardon pour le temps qu’il a fallu à ceux qui en avait la responsabilité de comprendre que l’on ne pouvait pas entasser des étudiants dans des salles bondées, à moins de vouloir sensibiliser le virus lui-même, à l’excellence de nos savoirs universitaires, 

Pardon d’être incapables de ne pas réussir collectivement à nous hisser au niveau de nos responsabilités autrement que par l’interdiction, le contournement de l’interdiction et l’infantilisation croissante de nos réactions, 

Du coup, bah comme c’était pas évidant à dire, comme toujours dans ce genre de situation, on a tous très bien compris qu’il serait vraiment plus simple et moins pénible d’ouvrir nos fenêtres… pour aérer. 

Et encore même ça, c’est pas gagné. 

Mais ce dont je suis certaine, c’est que quoiqu’on invente pour laisser ce virus se propager, on préférera toujours notre créativité en la matière, que d’affronter le fait de demander : Pardon. 

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