Vendredi dernier je faisais le poirier dans mon salon en écoutant d'une fesse distraite la rediffusion des jérémiades de Tariq Ramadan chez un Jean-Jacques plus Bourdin que jamais, lorsque j'ai entendu :

Vous condamnez publiquement la sodomie, c'est vrai ou c'est faux?!!! J'ai dit que les musulmans étaient partagés sur cette question

Et bingo!!! Voilà!!! Enfin c'est possible!!! Alors c'est peut-être  un détail pour vous... mais pour moi je vous assure, venant de la bouche de Tariq fucking Ramadan, c'est énorme!!! 

Parce que techniquement en prenant position pour la sodomie - enfin je devrais dire "dans " ou plutôt "derrière la sodomie"- Tariq Ramadan ouvre une brèche. 

Il élargit le "champ des possibles" et s'engouffre dans une voie béante vers laquelle les milliers d'hommes et de femmes qui ont eu un jour la bêtise de croire ce tartuffe, viendront bientôt le rejoindre. 

Oui je sens déjà souffler dans ce studio un vent de liberté que l'on n'avait pas vu depuis Mai 68 dans les couloirs de la Sorbonne!!! 

Mais attendez attendez, Nicolas, Léa ne vous emballez pas, attention, pas de précipitation, il n'a encore rien dit sur la double-péno et la brouette tonquinoise, c'est pas encore le moment de tout lâcher. 

Alors je ne sais pas si frère Tariq fera de nouveaux adeptes avec sa lecture très personnelle de l'islam, il avance, il recule, comment veux-tu… mais force est de reconnaitre que ça marche. 

A commencer par Jean-Jacques Bourdin lui-même, tout retourné, finissant par baisser la garde et son pantalon, en s'offrant tout entier par une question, et dans une position que la morale journalistique réprouve, jugez plutôt par vous même : 

C'est le message le pardon de l'islam, alors est-ce que vous pardonnez à ces jeunes femmes, plaignantes qui vous accusent ?

Alors non non vous ne rêvez pas, la question c'est bien : "est-ce que Tariq Ramadan pardonne aux femmes qui l'accusent de viol?" 

C'est la question magique par excellence puisqu'elle permet au prédicateur de se téléporter directement sur le banc de la victime, tout en en plaçant les plaignantes sur le banc des accusés. Une aubaine pour celui qui trois minutes après avoir reconnu ses propres mensonges à la justice, se retrouve comme par magie dans la position de pardonner à celles qu'il accuse de mentir.

Bref, après la présomption d'innocence des prévenus, Bourdin innove avec la présomption de mensonge des plaignantes. Ce qui ouvre de belles perspectives... 

Est-ce qu'Harvey Weinstein pardonne à toutes ses tentatrices qui l'accusent ou bien je ne sais pas... Landru a-t-il eu le temps de pardonner à toutes ces femmes qui ont pris sa chaudière pour un crématorium? 

Bref autant de questions que l'on ne pense pas assez souvent à poser et qui nous permettraient de voir en chaque victime le potentiel bourreau qui sommeille en lui. 

C'est donc en toute logique qu'après avoir retourné le tout premier intervieweur de la galaxie, que le prédicateur termina l'interview la plus cul-par-dessus-tête de la rentrée par ces mots :

Et rappelez vous, la France de 97, unanimement contre Dreyfus... avait tort

Et bien vous me croirez ou pas, mais le plus surprenant dans cet interview ubuesque c'est que, dans le contexte, l'auto-comparaison du prédicateur tartuffe au capitaine Dreyfus comment dire... ça finit par glisser tout seul. 

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