Je me souviens quand tout s'est arrêté, les restaurants, les bars, les discothèques, les avions cloués au sol, les magasins fermés, les théâtres, les cinémas, les musées...

Croyants ou non, j'ai l'impression qu'on flippait tellement qu'on était prêts à tout, quitte à supplier Dieu, le grand mufti, Vishnou, l’architecte de l’univers ou sa mère, qu'ils nous sortent de ce merdier. 

Un peu comme si, en lui prouvant qu’on était capables de devenir meilleurs, il finirait bien par nous sortir de là. Et quand je dis qu' “on était prêts à tout“, c’est vraiment à tout... on s'est mis à applaudir les soignants, féliciter les caissières, à parler aux livreurs, remercier les éboueurs, on allait faire les courses pour les voisins. 

On ne parlait que du monde d'après, un monde différent, forcément meilleur, plus juste, moins consumériste, un monde dans lequel le dernier livre du Dalaï Lama imprimé sur du papier en poils de biquettes recyclé aurait plus de valeur qu'un Iphone 16. 

Un monde de peu, plus centré sur l'essentiel, un monde où on en ferait moins mais où on s’aimerait plus. 

Un monde dans lequel le PIB mesurerait la Paix intérieur brut dont l'indice ne serait autre que la somme du bonheur partagé par tous les êtres vivants de la planète terre. 

Et puis bon bah on a trouvé un vaccin et depuis tout se passe un peu comme si on disait à Dieu, « laisse, on a trouvé » on va plutôt reprendre une activité normaaaaaale. 

Finies les bonnes résolutions, on lâche tout on s’en fout. 

Faites péter les soirées mousses, c'est coke et putes à Ibiza ou rien.

Plus question de monde d’après, plus de solutions alternatives et de chemins de traverses, finie la solidarité, et l’ouverture aux autres. 

On veut juste s’assurer que les Ouïghours fabriquent des baskets de meilleure qualité que les enfants du Bengladesh. Le dérèglement climatique, mais on s’en cogne, ce qu’on veut c’est savoir combien de temps il faudra attendre pour faire du surf au Groenland. 

La seule question qui anime le débat politique c’est si on doit noyer les migrants, avant ou après qu’ils soient montés dans un zodiac ?

Le reste on s’en fout. 

Tout se passe comme si, une fois le spectre de la pénurie de PQ écarté, la seule question politique qui nous intéresse c’est de savoir si Hanouna ferait un bon animateur de débat de l’entre-deux tours d’une présidentielle opposant Marine Le Pen à Emmanuel Macron sur l’épineuse question des réunions non mixte et de l’écriture inclusive !!!

Je ne suis ni superstitieuse, ni mystique mais y a des jours ou je finis par me demander si l’humanité ne mériterait pas un tout petit peu de laisser sa place aux virus. 

La vitesse à laquelle on est passé de « c’est quoi ta recette de pain équitable » à « ça ouvre quand H&M » est hallucinante. A ce niveau, c’est plus de la résilience, c’est de la résignation. 

Comment espérer bâtir un monde tournant le dos aux erreurs du passé quand on a qu’une hâte, c’est de les faire à nouveau, pour tourner définitivement le dos à l’espoir d’un avenir meilleur ? 

Oui je sais c’est beau comme un discours de Miss Univers, mais sincèrement à l’heure de la SchiappHanounisation des esprits, j’ai dans l’idée qu’il faut essayer de faire simple. 

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