Sophia Aram se demande s'il restera des adultes dans le monde d’après ? Face au concert des belles propositions pour construire, soi-disant, le monde d'après.

Il faut que je vous avoue qu’avec la fin progressive du confinement et si, je dis bien SI nous respectons les gestes barrière - croisons nos petits doigts rougis par le désinfectant - la fin prochaine de cette pandémie aurait dû être pour moi un motif sinon de joie, disons… d’espoir maîtrisé. 

Mais il fallait s’y attendre : après les journaux de confinement dans lesquelles certains redécouvraient « en région » les joies du macramé et la douceur de la rosée matinale sur leurs orteils engourdis, nous voilà face à une deuxième vague avec les tribunes dédiées au monde d’après. 

Visiblement, on ne plonge pas impunément dans l’oisiveté et l’onanisme tout ce que la France recèle de comédiens, de penseurs occasionnels et d’improbables moralistes – oui ma famille de cœur en quelque sorte- sans qu’ils s’accordent à jeter les bases d’un nouveau monde sur un socle conceptuel et idéologique compris entre « ah la la ça suffit » et « c’est quand même pas si compliqué » le tout suivi de ce que vous voulez… un plaidoyer pour la planète, la justice sociale, les toilettes sèches ou… les pompes à chaleurs en peau de castor recyclés. 

Tout marche à condition que le ton soit aussi déchirant que pathétique et surtout qu’il regorge de vœux pieux qui permettent à toute la gauche de dénoncer l’inaction de l’état et à toute la droite de dénoncer l’omniprésence de l’État sans courir le risque qu’une seule de leurs idées creuses ne soit mise en œuvre. 

C’est simple, plus c’est creux, plus ça résonne. C’est beau comme du Wauquiez en parka ou du Ségolène Royal en campagne. 

Mais comprenez-moi bien, j’aurais été ravie d’y trouver une idée, une piste, même confuse et molle - comme disait la baronne- mais là vraiment ce concert de ouin-ouins, ce défilé d’enfants gâtés prêts à jeter leur doudou pour sauver la planète c’est déprimant. L’absence de réflexion est telle qu’on finit par se demander si la réalité elle-même a encore  sa place dans le monde d’après. 

Non visiblement, le seul truc qui n’a aucune chance de disparaître dans le monde d’après : c’est l’indécence.  

L’indécence d’occuper son dé-confinement à vomir le consumérisme après avoir élargi la case « revenus exceptionnels » de ses 15 dernières déclarations d’impôts par des publicités pour Kia, Lancôme et Chanel. 

L’indécence de jeter rageusement sa carte gold de chez Fly-Emirates dans une poubelle de tri sélectif et renoncer au transport-aérien-qui-pollue après avoir fait 200 fois le tour de la planète et tanné le cuir des fauteuils business de la plupart des compagnies. 

Leur seule question étant : faut-il poster ce geste éco-responsable sur son Instagram avant ou après avoir demandé aux passagers de Ryan Air de renoncer à leurs vacances à Marbella ?

Ce qui me déprime dans ces coups de gueule d’enfants gâtés c’est la vacuité et l’indécence de leurs incantations sur les enjeux climatiques, économiques et sociaux qui s’annoncent.   

Quand ceux qui veulent changer le monde demandent à ceux qui ont besoin de changer de voiture ou simplement trouver de quoi se payer un plein… de faire un geste, on aimerait que ça s’accompagne au minimum de quelques idées. 

Mais sans déconner, à l’heure où bon nombre de personnes ont déjà perdus leur emploi et où ceux qui manquent de tout ne voient pas très bien comment ça va s’arranger, j’éviterais de faire passer la crise économique et leur précarité pour une contribution post modern à la décroissance éco-responsable. 

Quant à l’idée de refuser un retour à la normale, j’aimerais déjà que ces fieffés penseurs m’expliquent ce que le monde d’avant avait de « normal » pour eux ?  

Pour l’heure, à la lecture de toutes ces tribunes, la seule question de fond qu’elles semblent poser c’est : 

Restera-t-il des adultes dans le monde d’après ? 

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