Avant d’ouvrir Libé Jeudi dernier, je ne m’étais jamais demandé s’il était possible qu’un homme mal intentionné, mette un diurétique à mon insu dans mon café, pour avoir le plaisir de me photographier en train de pisser devant lui.

Et bien si, j’ai lu, j’ai relu, visiblement c’est possible. 

En effet, Christian N, qui était responsable des ressources humaines au sein du Ministère de la culture aurait pris l’habitude de photographier les jambes des femmes à leur insu mais également de les contraindre à perdre le contrôle de leur vessie en les droguant de manière à les pousser à uriner devant lui.

La véritable nouvelle de l’article n’est le fait en lui-même, puisqu’il suffit d’ouvrir les journaux pour savoir qu’il existe des individus assez timbrés capables de ce genre de dingueries.
Le plus surprenant c’est le nombre et la durée de ces méfaits 200 fois en 10 ans !!!

Comment cela a-t-il pu se répéter à ce point sans que personne ne finisse par y mettre un terme ? 

Comment ce type a pu dériver à ce point avant d’être enfin signalé par un collègue, l’ayant surpris pendant une réunion, en train de photographier les jambes de la sous-préfète de Moselle ? (Je n’invente rien)

On pourrait boire notre étonnement jusqu’à la lie, à coup de “oh my good? ya ouili la hchouma ! Mais pourquoi qu’à disait rien ? Comment c’est possible, au sein d’un Ministère-en-plus-avec-des-haut-fonctionnaires-et-tout ?“

Mais on peut surtout regarder les choses en face et se dire que la réponse est dans notre quotidien, notre société, notre système. 

On sait tous au fond de nous que ce qui déconne dans notre monde, pour que l’on soit incapable d’arrêter ce genre pervers, c’est d’abord la honte

La honte de raconter, de dire, de rendre public. 

Ensuite la peur, la peur de faire scandale, de perdre son boulot, de s’attaquer à la réputation d’un haut fonctionnaire. 

Consciemment ou non, Christian N savait qu’il pouvait contraindre des femmes à uriner devant lui parce que la honte et la peur sont par nature les meilleures alliées de l’impunité. 

Et ce système qui aura fonctionné près de 200 fois et pendant 10 années, c’est le nôtre. 

L’humiliation et la honte sont tellement intériorisées que Christian N. ira même jusqu’à invoquer pour sa défense,  qu’il n’y avait pas chez lui de « volonté d’empoisonner ces femmes puisqu’il ne pensait pas que le diurétique pouvait causer des problèmes médicaux». 

Dans sa logique, l’humiliation infligée à ces femmes, ne pouvait constituer un préjudice, puisqu’il s’agit d’un état de fait. 

Les voir se tordre de douleur et les contraindre à uriner devant lui ça l’excitait ou ça l’amusait, mais bien sûr s’il avait su que cela pouvait entraîner des problèmes médicaux il ne l’aurait pas fait. En revanche, l’humiliation et la honte, ça ne l’effleure même pas. 

C’est la honte qui contraint les victimes de viol à se taire. 

C’est la honte qui pousse certaines femmes à ne pas gifler les frotteurs du métro. 

C’est la honte et la peur qu’Adèle Haenel a su braver en brisant le silence et l’emprise auxquels tant d’autres femmes sont contraintes. 

Tant qu’il y aura des hommes pour profiter de la honte et de la peur qui accompagnent mécaniquement toute forme d’humiliation, il faudra encore attendre le courage d’une Adèle Haenel pour égratigner ce système qui ne semble pas près de s’éteindre.

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