Vous me connaissez, je suis française, enfin suffisamment pour avoir la conviction chevillée à mon string tricolore que :

Je suis spécialiste en relations internationales,  en dérèglement climatique,  en physique nucléaire,  en histoire de l'art et du bon goût et aussi en neurochirurgie, depuis que j'ai vu les 14 saisons de Grey's anatomy.

Ce qui me permet, comme tous mes concitoyens de donner mon avis sur twitter, facebook et au café du coin où je me confronte à d'autres spécialistes venus porter la contradiction dans un échange aussi fécond, responsable et utile qu'une émission de  Pascal Praud où quelques polémicards s'acharnent quotidiennement à pisser dans un violon pour vérifier qu'il n'en sort pas une symphonie. 

Mais mais mais, dans un ultime sursaut de bienséance, généralement les 70 millions de sélectionneurs de l'équipe de France concentrent leurs efforts sur les talents respectifs de Benzema et M'Bapé, les conséquences du Brexit sur le cour des plumpouding et les effets diurétique de la bière comme recourt possible, au cas où certains n'auraient pas terminés de remplir cet immense violon dans lequel nous déversons nos points de vus alcoolisés sur l'état du monde. 

Parce que, lorsqu'il s'agit de la vie d'otages et de la mort frappant un guide et deux soldats en opération, généralement on ferme sa gueule. 

Et bien, plus maintenant. 

Tout le monde parle, à tort et de travers, chacun y va de son petit commentaire sur le rayon d'actions des jihadistes à la frontière du Burkina Faso, l'intérêt comparé des parcs naturels et autres réserves en Afrique subsaharienne, que ce soit dans le cadre d'un voyage de noce en générale et à fortiori lorsqu'il s'agit d'un couple de même sexe -ne me demandez pas pourquoi.

Alors oui... deux touristes français sont allés en voyage de noce au Bénin dans un lieu touristique, accompagnés d'un guide connaissant parfaitement la région.

Oui ils se sont fait enlevés, par des véroles armées et ont dû être libérés par des soldats français. Et oui trois hommes ont perdu la vie. 

Franchement, la réalité n'est-elle pas suffisamment insoutenable pour que l'on ferme sa gueule?

Est-ce vraiment l'occasion pour un ministre des affaires étrangère de reporter, semble-t-il à tort,  la faute sur les otages ?

Est-ce vraiment l'occasion pour Marine Le Pen de reprocher au Président de la république d'avoir fait le déplacement pour les accueillir?

Est-ce vraiment l'occasion pour un sénateur de vomir  son inévitable théorie complotiste?

Est-ce  vraiment l'occasion pour Gégé06 de nous ressortir son cours de géopolitique et à zouzoupoêtpoêt de nous gratifier de ses délires homophobes ? 

Faut-il vraiment que l'on s'abreuve de notre propre connerie en temps réel pour que l'on mesure l'effroyable puits sans fond, sans morale, ni décence dans laquelle notre société s'engloutit crassement?

Notre déliquescence est telle, que depuis, le premier couillon venu, jusqu'à la tête de la diplomatie française, il semble désormais utile de rappeler que les victimes dans ce drame sont et resteront : les otages, le guide assassiné et les militaires morts en service.

Ce qui pourrait aller de soi, mais je vous assure que c'est devenu au moins aussi utile que ce rappel à l'ordre de Nicolas Hénin, ancien reporter de guerre et ex-otage en Syrie lorsqu'il écrit avant-hier : "dîtes-vous que les terroristes préfèreront  toujours que vous fassiez le procès de leurs victimes plutôt que le leur". 

Alors chuut !!! 

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