Je vais être honnête avec vous, je n’ai pas la moindre idée de ce que c’est que d’avoir 15 ans, aujourd’hui, au lycée de la plaine de Neauphle, à Trappes.

En revanche je me souviens de ce que c’était quand j’y étais il y a quoi… dix…, vingt…. Ah bah pile 30 ans dis-donc. Et bien je peux vous dire que c’était…

Extrait Musique

C’était Lenny Kravritz et surtout les premières pelles, c’était les boums, le gala du lycée, les bals folks, on dansait la scottish, la polka et même la gigouillette avec-nos-profs…

Y’avait la journée d’escalade à Fontainebleau, le club radio, le club photo, le Ciné-club. 

Y avait le stage de plein air, le stage de ski, les séjours linguistiques, les interclasses de volley, les interclasses d’improvisation théâtrale, les AG, les grèves, les manifs et même que parfois entre deux activités : on allait en cours !!! Et puis le reste du temps, entre deux patins (oui on appelait ça des patins) on parlait politique, on n’était pas tous d’accord, ni du même bord. Certains étaient de gauche, d’autres étaient de gauche, mais pas la même. On débattait, on manifestait, on commémorait, on se recueillait après la profanation du cimetière juif de Carpentras, on dansait pour le bicentenaire de la révolution française, on fêtait la chute du mur de Berlin et la libération de Mandela… 

Sans déconner j’ai un peu honte de le dire, mais qu’est-ce que j’y ai été heureuse bordel. Pour tout vous dire, j’ai même redoublé ma première pour être certaine d’en avoir une année de plus.

Alors je sais qu’à mon époque, aucune connasse de chroniqueuse radio n’avait eu l’indécence de nous balancer ses années de bonheur à la tronche et en pleine pandémie !!!

Je sais aussi que de mon temps aucun professeur n’était allé sur les plateaux télé pour parler d’islamisation, de salafisme ni de salon de coiffure et aucun maire n’était allé sur d’autres plateaux télé pour le traiter de menteur. 

Mais il y avait une raison pour ça. Une raison toute simple : nous n’avions strictement rien à carrer de la religion. 

Rien. On s’en contre-cognait c’est tout. Personne ne confondait identité, origine, culture et convictions religieuses. 

On ne parlait pas d’islamophobie… mais parce que déjà le mot n’existait pas, mais surtout parce que, pour nous, tout le monde avait le droit de détester les religions, les croyances, les dogmes ou n’importe quelle idéologie ou au contraire… d’y croire. Personne ne parlait de voile, de mixité, de halal ou de casher… Franchement on s’en tamponnait le coquillard (oui parlait ça-comme dans le 7.8 en 88).

Y’avait personne pour menacer de mort un prof ou un maire et il n’y avait aucun commentateur pour diriger sa colère contre ceux qui subissent ces menaces plutôt que contre ceux qui les menacent. 

Alors voilà, je sais que les temps ont changé mais la seule chose que je souhaite aux lycéens de la Plaine c’est qu’une fois sortis de la pandémie, ils puissent se rouler des patins, des pelles et des galoches avec ou sans la langue en espérant que la religion et son instrumentalisation politique, leur lâchent suffisamment la grappe pour les laisser vivre.

_Extrait_Don’t Worry be Happy

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