Samedi dernier, en marge du quatorzième volet des manifestations des gilets jaunes à Paris, un groupuscule d'hommes en jaune est tombé nez à nez sur Alain Finkielkraut.

Cette rencontre du troisième type entre quelques énervés en fluo et l'académicien suscita chez les premiers, un déluge d'insultes clairement antisémites parmi lesquelles beaucoup de "barre-toi", de "sale sioniste", de "rentre à Tel-Aviv" et autre "nique ta mère", "bâtard", "saloperie", "dégage" "tu vas mourir". Pendant qu'un gilet jaune éloigne gentiment le philosophe qui fit preuve d'un stoïcisme patelin qui force le respect tant il eut été compréhensible - voire carrément réjouissant - que l'auteur de “Nous autres modernes en quatre leçons“, finisse par leur en inculquer une cinquième en leur faisant bouffer leur gilet jaune. 

Et puis soudain dans ce déferlement ininterrompu de haine, de vociférations accablantes, de racisme décomplexé, d'intimidation et de menaces, ceci : 

Extrait

Antisémite, sale race,(fils de pute) la France elle est à nous, espèce de raciste, espèce de haineux, t’es un haineux, tu vas mourir, tu vas aller en enfer, Dieu il va te punir, le peuple il va te punir. Nous sommes le peuple.

Oui oui, vous avec bien entendu, l'un des agresseurs du jour, les joues rosies par le soleil clément de cette journée radieuse, vient de faire une entrée fracassante dans le monde des idées et certainement dans les annales des maladies neuro-dégénératives et psychiatriques en nous offrant ce moment d'anthologie qui consiste à insulter l'auteur de la “Défaite de la pensée“ en le traitant....d'antisémite. 

A ce niveau on frise l'art contemporain ! 

Une sorte de mise en abîme par l'utilisation du terme "antisémite" pour désigner le récipiendaire de l'insulte par le mot même dont ce dernier serait en droit de se prévaloir pour qualifier les propos de son agresseur.

Pris de vertige devant la profondeur abyssale de l'incohérence du locuteur, on se perd en conjectures, l'a-t-il fait exprès, sa langue a-t-elle fourché, est-il sujet à l'aphasie jargonnesque. Et bien, pas du tout. Il poursuit sur sa lancée, en se jetant dans le vide de sa pensée en traitant le philosophe de raciste, de haineux, “t'es un néneux, tu vas mourir, tu vas aller en enfer, Dieu il va te punir, le peuple il va te punir“

Il faut se rendre à l'évidence, il s'agit bien là d'un antisémitisme d'un genre nouveau qui consiste à qualifier son agresseur de ses propres actes. Ce sinistre individu est bel et bien en train de vomir sa haine en traitant Finkielkraut de "haineux" ce qui techniquement ouvre des perspective à tous les violeurs qui pourront désormais traiter à loisir, leur victimes de violeuses ou de violeurs et à Marc Dutroux la joie de traiter ses victimes... de pédophiles. Ce qui est remarquable c'est que dans sa lancée, il n'oublie pas de terminer son propos par la menace divine et la vengeance du peuple. Tout est là. L'indécence du propos est telle qu'il embarque avec lui, en plus de l'antisémitisme, du racisme, de l'insulte et de la menace... tous les naufrages de l'époque et le tout avec l'indécrottable certitude qu'il représente : Le peuple.  

C'est à se demander qui a bien pu lui mettre cette idée idiote dans la tête, mais ce que je sais c'est que visiblement ça lui a donné des ailes.

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