Sophia pensait avoir tout entendu, tout vu sur le masque. Mais c'était sans compter sur ces personnes qui jettent leur masques usagés sur la chaussée.

Je pensais jusque-là qu’on avait tout entendu, tout dit, tout vu au sujet des… masques :  Il en faut, il n’en faut pas, il en faudrait plus, il n'en faudrait plus… Mais faudrait pouvoir les acheter, savoir les porter, les distribuer, les changer, voire les laver.

L’essentiel étant d’abord d’en avoir et surtout de ne pas en manquer ce qui est devenu évident le jour où l’on a compris que ça nous manquait parce que jusque-là on n’avait pas vraiment remarqué qu’on n’en avait plus ou plutôt plus assez rapport au fait qu’on n’en avait pas eu besoin au moment où on en avait assez. Ce qui faisait dire à certains qu’on en avait trop. Mais ça c’était avant.

Bref, il a donc fallu en commander, en fabriquer, en importer, en saisir et parfois en rendre aussi. Mais à contrecœur.

Il a fallu également, rétablir l’honneur perdu du soldat Bachelot, sacrifiée en son temps sur l’autel de ceux qui ont eu tort d’avoir eu raison trop tôt, mais finalement tellement raison aujourd’hui d’avoir eu tort à l’époque.

Et puis voilà, sans trop savoir comment dans un concert de spéculations sur l’incompétence du gouvernement, la praticité des tutos pour fabriquer ses masques en origami, la qualité des masques importés, la nécessité de se protéger, de protéger les autres, de nous protéger… 

Les masques ont fini par arriver

Je pensais donc que le sujet était aussi épuisé qu’un marronnier d’automne venu perdre quelques feuillets qu’un vague pigiste rechigne encore à dépoussiérer sous la 350ème Une du Point sur la vérité sur la Franc-maçonnerie, l’islamisation de la France ou la reprise du marché de l’immobilier.

Et bien c’était sans compter l’indécrottable créativité morbide, l’abyssale irresponsabilité, la vertigineuse inconséquence, l’outrecuidance crasse, l’égoïsme mortifère de cette morne gouape satisfaite qui vint jeter son masque sur le trottoir

Comment te dire… Nous n’avons pas été présentés et je ne sais même pas si tu nous écoutes, et pourtant je ne peux pas m’empêcher de t’imaginer, de te deviner, de te supposer, de te renifler derrière la banalité et la médiocrité de ton sordide méfait.

Je sais déjà que tous les soirs à 20 heures tu applaudissais les personnels hospitaliers et même l’éboueur que tu as laissé ramasser tout ton mépris sur la chaussée.

Je devine ton regard accablé à l’idée de devoir payer en impôts la solidarité nationale dont tu as, toi aussi bénéficié.

Je t’imagine vomissant sur les réseaux sociaux l’incapacité de l’État à anticiper le moindre de tes soucis

Je te vois saluer ton voisin de palier avant d’essuyer consciencieusement tes pieds crottés sur son paillasson.

Je te vois jeter ton paquet de chips vide par la fenêtre de ta voiture sur l’autoroute des vacances.

Je te revois collant sous le siège capitonné de ton cinéma de quartier, ce chewing-gum machouillé bruyamment pendant toute la séance.

Tu ne te laves pas les mains, tu ne votes pas, tu ne donnes pas, tu ne penses pas, tu n’espères pas, tu n’aspires à rien. Tu prends et… tu jettes. Tu rejettes. Tu refoules. En fait la seule différence entre toi et un égout c’est que l’égout lui, il est utile.

Techniquement tu es aussi insaisissable qu’un poil pubien venu se coller dans le repli de la cuvette juste pour narguer la brosse à chiotte que toi, tu n’utiliseras certainement jamais de ta vie.

On n’a pas été présentés mais je te connais, et je voulais simplement te dire que si je n’arrive pas à imaginer ce que tu mérites, une simple mandale, un job de chroniqueur à vie chez Hanouna ou un saladier de taboulé rempli de raisins sec… 

Ma seule certitude, c’est que tu ne mérites définitivement pas cet éboueur qui va devoir se baisser pour ramasser ce masque qui t’aura peut-être protégé du virus mais pas de l’ignominie dont tu as fait preuve.

  • Légende du visuel principal: Masque jeté sur la chaussée © AFP / Amaury Cornu / Hans Lucas
Programmation musicale
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.