En allant promener son chien, Sophia Aram s'est faite contrôler : elle a dû présenter son attestation et sa carte d'identité mais fort heureusement les policiers portaient des gants donc aucun risque ! Quoi que...

Moi, j'ai un chien et j'ai remarqué que les histoires de chiens avaient tendance à ennuyer les gens qui n'ont pas de chien. Je peux quand même ? 

Samedi matin, je suis allée promener ma chienne avec parcimonie, un masque artisanal, une serviette hygiénique scotchée sur la tronche, des lunettes de tourneur fraiseur et des gants, bon classique. 

Là, je me fais contrôler l'attestation dérogatoire de déplacements par une policière. Elle me demande ma carte d'identité. Je lui présente sans rechigner dans le respect des forces de l'ordre. 

Et c'est là qu'on la voyant tendre sa main gantée pour attraper ma carte d'identité plastifiée que j'avais préalablement lavée au gel hydroalcoolique comme tout ce qui entre et sort de chez moi, je lui indiquais poliment, mais fermement, qu'il n'était pas question qu'elle caresse ne serait-ce que l'espoir d'envisager un seul instant de toucher ma pièce d'identité avec sa main pleine de doigts... 

Bon, la tension, donc, elle me fixe un peu comme un amant de passage à qui on demande de bien vouloir mettre un préservatif avant de pousser plus loin l'exploration de son intégrité physique et me lâche soudain : "bah, j'ai des gants, ce à quoi je répond : "vous avez peut-être des gants mais qu'est-ce qui me dit que vous n'avez pas tripoté 300 pièces d'identité, dont 200 appartenant à des personnes contaminées par le Covid-19 ou la gastro, dont au moins un tiers venaient peut-être de se coller les doigts dans le pif, voire plus si affinités ? 

Bah ouais, mais c'est pour ça que j'ai des gants, me répliqua-t-elle. Alors, face à la sincérité de son propos, j'ai craqué, réalisant qu'il n'y avait aucune issue, c'est là que je me suis mise à pleurer

Attirée par l'échange, son collègue qui venait d'éternuer s'approcha en remettant le masque qu'il portait sous le manteau à la manière d'un enfant, en bas âge se mouchant dans son bavoir, ce qui lui donnait ce petit côté enfantin tout doux et tellement flippant à la fois. 

Alors là, par réflexe, je me suis mise en apnée tout en essayant de me convaincre que le rhume des foins à cette saison est certainement plus répandu que le SRAS. 

Alors, "qu'est-ce qui se passe? Me demanda l'homme au présumé rhume des foins ?" Toujours en apnée j'esquisse un oui affirmatif hésitant, ce à quoi il répond "hum quoi ?" Comprenant que la conversation allait s'éterniser et que le risque de m'évanouir, faute d'oxygène, entrainerait celui de me voir infliger un bouche à bouche par un policier rempli de bonnes intentions et peut-être aussi d'autres choses, j'ai décidé de reprendre ma respiration dans un râle d'asthmatique en manque d'oxygène pour évoquer mes doutes sur le bien fondé de multiplier les contacts physiques, fusse t-il par l'intermédiaire d'une pièce d'identité avec un représentant des forces de l'ordre auquel je renouvelais au passage tout mon respect, comme je le fais auprès de toute personne détentrice d'une arme à feu. 

Nous nous sommes quittés cordialement mais depuis cet échange avec le monde extérieur, qui est également le seul évènement notable de ma semaine, j'ai réalisé qu'il allait falloir que je travaille un peu sur moi pour envisager mon prochain autrement que comme un porteur de virus potentiel, un propagateur de Covid-19 masqué ou une SRAS machine en puissance. 

Tout ça pour vous dire que je m'y prépare psychologiquement. Mais le confinement risque de me prendre un peu plus de temps qu'à d'autres et qu'il ne faudra pas vous inquiéter quand vous me croiserez dans les couloirs de Radio France vêtu d'un scaphandre que je viens de me commander, c'est rien, c'est juste le temps de reprendre un peu confiance

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