Vous connaissez tous cette tournure de phrase qui commence par « on va pas se mentir » et qui se termine par un mensonge du type : « c’est pas en mangeant des légumes, me couchant plus tôt, faisant du sport, que je vais être plus en forme ». Sophia Aram a donc une hypothèse : elle n'est pas la seule à adorer mentir.

Mentir sur tout, tout le temps, à tous et particulièrement à moi-même

Mais le fait que je sois assez débile pour me mentir à moi-même, n’implique pas que je le sois suffisamment pour me croire. Non, pas du tout, puisqu’au moment où je me mens, je ne me crois pas du tout. Je fais juste semblant de me croire. 

Ce qui est une façon de me mentir à mon tour ou plutôt de me faire croire à moi-même que je crois en mes propres mensonges. Ce qui est de bonne guerre. Ou un juste retour des choses si vous préférez. 

Lorsqu’Emmanuel Macron déclare : 

Nous avons eu raison de ne pas confiner la France à la fin du mois de janvier parce qu'il n'y a pas eu l'explosion prévue par tous les modèles. Je peux vous affirmer là que je n'ai aucun mea culpa à faire, ni aucun remords, ni aucun constat d'échec.

Il ne fait rien d’autre que ce que l’on fait tous, toute la journée. Il se ment à lui-même. 

En se racontant que le pic de contamination prévue pour le mois de mars n’est pas tout à fait là parce qu’il est en train de se mettre en place en cette fin de mois de mars-début avril ce qui est très différent de s’il était déjà là, vous suivez ? Il se ment.

J’avais un ex comme lui. Un soir, au volant de sa voiture, il m’expliquait qu’il avait bien fait de conduire, bien qu’un peu bourré, rapport au fait qu’il n’avait pas eu d’accident - et bam, la porte du garage. 

Mais on est tous comme ça. On a tous tendance à justifier notre dernier paquet de clopes par la chimio qu’on n’a pas encore eu. 

On a tous en nous un capitaine de l’Ever Given qui se dit pile au milieu du Canal de Suez… « je suis sûr, même sans les mains, ça passe crème » 

On est tous comme ça. Enfin, pas tout à fait. 

Ce n’est visiblement pas le cas des 41 directeurs de crise de l’APHP qui ont publié une tribune pour nous expliquer qu’ils devront faire des choix en matière de réanimation. 

On peut toujours leur répondre « t’inquiète le taux de mortalité est en train de baisser, ça va bien se passer ».

Je crains que cela ne les aide pas beaucoup à faire des choix.

Parce que pour le coup, et on ne va pas se mentir, faire un choix pour eux, c’est décider de qui a le droit d’avoir une chance de vivre ou non. Faire un choix, c’est l’annoncer aux familles. C’est regarder celui à qui, faute de moyens, on retire cette chance. Ce qui est drôle, parce qu’en fait, en nous mentant à nous même, on leur laisse tous les choix qu’on ne veut pas assumer, sauf celui de se mentir.

  • Légende du visuel principal: Sophia Aram © Radio France /
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