Je ne connaissais pas Charb personnellement, du coup, j'ai pas vraiment d'anecdotes à raconter. Le seul truc, c'est que cette semaine, Charb m'a fait une sale blague. Il m'a jeté un verre d'eau froide à la figure.

Charb
Charb © Corbis / Eric Fougere

Perso, je trouve pas ça très marrant. D'autant qu'au moment où Charb m'a jeté son verre d'eau, j'étais peinard dans mon canapé, en zappant d'une chaîne d'info à l'autre, tout en lisant la presse sur ma tablette numérique.

Dans Le Monde daté de mercredi, y'avait un portrait de Charb intitulé: «Je préfère vivre debout que mourir à genoux ». Et ben c'est là que ça m'a fait un peu fait l'effet d'un verre d'eau froide dans la figure.

Les héros de la trempe de Charb sont souvent des modestes. Quand on leur demande d'où leur vient leur courage, ils sont du genre à répondre : « Oh ! Vous savez, n'importe qui d'autre aurait fait la même chose à ma place ».

Malheureusement, pas sûr que ce soit mon cas. «Vivre debout, plutôt que mourir à genoux », C'est le genre de phrase avec lequel on croit être d'accord. S'il faut choisir entre

1) vivre debout et

2) mourir à genoux, c'est vite fait. Tout le monde coche la réponse n°1, « vivre debout ».

Là où ça se complique, c'est quand on pose la vraie question. À savoir, quand on vous donne le choix entre «mourir debout » ou «vivre à genoux ». Là, on hésite un peu. Évidemment, c'est pas très pratique de vivre à genoux. Une fois qu'on est à genoux, impossible d'accéder aux placards du haut dans la cuisine, très difficile de monter les escaliers et puis bien sûr, ça use les pantalons.

Le plus pratique, ce serait de se relever. Mais si c'est pour prendre une rafale de kalachnikov, ne serait-ce pas une attitude plus sage, plus raisonnable, plus intelligente de rester à genoux ?

Dans mon cas, je sens bien qu'à la première menace de mort, je déciderai sagement, raisonnablement, intelligemment, de plier un peu les genoux et de me tenir à carreau.

J'ai découvert les limites de mon courage professionnel le jour où Patrick Sébastien a menacé de me casser la gueule.

C'était pas méchant de sa part, et pourtant, je lui ai immédiatement écrit une lettre d'excuse pour l'assurer que je le considérais comme le plus tendre de nos grands humanistes comiques. Et depuis, jamais une blague de travers sur Patrick Sébastien. Ça m'a toujours paru beaucoup plus sage, beaucoup plus raisonnable, je dirais même que c'est plus intelligent.

Alors forcément, le courage de Charb ! Ça me dépasse. Face à des menaces de mort, c'est tellement plus raisonnable de se dégonfler qu'on n'ose pas appeler ça de la lâcheté. Pourtant, il doit bien y avoir un peu de ça...

Quand Charb disait « Je préfère vivre debout que mourir à genoux », c'était en septembre 2012, Charlie venait de publier une nouvelle série de caricatures de Mahomet et plusieurs ministres avaient estimé que ce n'était pas raisonnable, pas prudent, sans doute pas très intelligent non plus de jeter de l'huile sur le feu.

Dans la même interview, Charb leur répond. Il dit « L'emballement médiatique est dû à la réaction du gouvernement. Tous ces gens qui s'indignent sans nous avoir lus, j'ai juste envie de leur péter la gueule ».

On imagine volontiersCharb au paradis des dessinateurs en train de rire avec ses copains. Mais en même temps, j'ai un doute. De voir ceux qui l'ont si peu soutenu à l'époque, lui rendre hommage aujourd'hui. Est-ce que ça le ferait rire ou est-ce qu'il serait en colère ?

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