Est-ce que c'est une bonne idée de supprimer les notes à l'école ?

Rien qu'à l'idée d'avoir une sale note, la moitié des élèves ont le stylo qui tremble. Ils pensent déjà au commentaire du prof sadique qui se venge de son salaire minable en humiliant les mauvais élèves : « Blakowski, votre copie est sale, le contenu est nul. Je vous ai mis 2. Et encore, vous pouvez me remercier parce que ça ne les valait pas ».

Résultat, toute la classe se marre et une fois à la maison, va encore falloir se taper l'engueulade des parents.

C'est vrai que les notes, les moyennes et les classements, c'est stressant.

Une réforme des notes à l'école ?
Une réforme des notes à l'école ? © PHOTOPQR/NICE MATIN / PHOTOPQR/NICE MATIN

Mais le problème, c'est qu'on vit dans un monde où la compétition, les notes et les classements prennent de plus en plus de place.

La preuve, le ministère de l'Education trouve que les notes, c'est nul. En attendant, il est obsédé par la place de la France au classement PISA qui note les performances des systèmes éducatifs dans le monde entier. Si les élèves sont moins stressés, ils apprendront mieux. Du coup, la France aura une meilleure note au classement PISA, et c'est la Ministre qui sera moins stressée.

En fait, tous les domaines de notre existence sont désormais concernés par les notes et les classements. Avant d'aller voir un film, on regarde la note des spectateurs sur Allociné. Avant d'aller dans un restaurant, on regarde son classement sur Tripadvisor. Avant d'acheter un truc, on consulte un comparateur de prix sur Internet pour savoir qui est le moins cher.

La compétition est partout. Aujourd'hui, même les artistes sont devenus des sportifs comme les autres. Il y a les Césars, pour désigner le meilleur acteur de cinéma. Les Molières, pour désigner le meilleur acteur de théâtre. Les victoires pour désigner le meilleur chanteur.

Sur France Inter aussi, on aime la compétition. La preuve, en ce moment, il y a le concours du sportif de l'année. On prend les meilleurs sportifs et on fait voter les auditeurs pour désigner le meilleur des meilleurs. Vous avez pensé au stress des champions qui ne seront pas élus ? Comment ça va leur casser le moral de savoir que les auditeurs d'Inter les prennent pour des champions de seconde zone ?

Et puis comment expliquer aux enfants qu'il ne faut pas stresser avec les notes, alors que nous-mêmes, on stresse à mort sur les mesures d'audience. On est là, en studio, avec nos petits poings serrés : « Allez les gars, on lâche rien ! Europe 1 on va les niquer ! Et RTL on va leur mettre une branlée sur les CSP+ ».

Et c'est pas tout, parce qu'il y'a aussi la compétition interne pour savoir qui a été le plus podcasté. Vous avez regardé votre nombre de podcasts, Eric et Catherine ? Vous connaissez votre classement? Moi, après ma chronique, je rentre à la maison et je regarde en boucle ma chronique sur Internet pour augmenter le nombre de vus dans l'espoir de dépasser un jour Frédéric Pommier.

Alors je ne sais pas si le fait de supprimer les notes à l'école c'est une bonne manière de préparer les enfants à la vie qui les attend. Quand on va les relâcher dans la vraie vie. Ils vont être perdus. Un peu comme ces faisans d'élevage qu'on relâche dans la nature le jour de l'ouverture de la chasse. Comme ils n'ont jamais vu un prédateur, jamais cherché leur nourriture, ils se précipitent vers le premier chasseur venu parce qu'ils le confondent avec le fermier qui venait leur distribuer du grain. Et Bam ! C'est sûr que ça stresse les notes et la compétition, mais est-ce qu'il ne vaut pas mieux s'y habituer très tôt ?

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