Ce matin, je vous ramène 20 ans en arrière.

Nous sommes en 2001, le président est Jacques Chirac, un précurseur du véganisme qui 6 ans plus tôt a gagné en ayant comme programme les pommes. On récupère à la Poste les calculettes pour le passage à l’euro, et on se dit que ça faire bizarre de voir son salaire en euros, Bernard Arnault aura cette phrase, je cite « purée, en euros j’ai plus que 700 millions, comment vais-je simplement survivre ? ». Le 1er janvier 2002 à minuit, on retirera les 1ers euros au distributeur, mais on sera totalement ivres donc on tapera n’importe quoi comme code, la moitié du pays se fera avaler sa carte par la tirette. C’est ce soir-là que Florian Philippot, qui est en CE2, dira à son père « papa, un seul remède : le Frexit ». En 2001, les tubes à la radio sont « Seul » de Garou, chanson prémonitoire sur l’aventure présidentielle de Xavier Bertrand, « Tu vas me quitter », d’Hélène Ségara, chanson sur son succès, et KKOQQ de Bébé Charli, vendu à 500000 exemplaires, on retrouvera à France Inter Frédéric Lodéon en pleurs dans son bureau, les cordes de son violoncelle serrées autour du cou, criant « je ne suis plus en adéquation avec les gens de ce pays ». En 2001 Léa, vous aviez 21 ans, Nicolas 29, Claude Askolovitch 61, et moi 27, j’étais frais, j’étais sexe, personne n’a de photos de moi de cette époque, donc je peux dire ce que je veux. J'étais magnifique. La Vénus de Milo, mais avec des bras.

Et là, en avril 2001, le 26, date funeste qui a marqué le début du déclin de la France, M6 lançait Loft Story. Le concept, basique, était le même que chez Truffaut au rayon des gerbilles, mais avec des humains, on les fout tous dans le même aquarium et on regarde. Et autant je sais qu’on ne va pas trop fêter cet anniversaire sur Inter, nous on est sur des lives d’Eddy de Pretto qui chantouine, c’est quand on chante en même temps qu’on chouine, autant à la télé, c’est la folie. Hier sur TMC, documentaire sur les 20 ans du Loft, ce soir sur C8, parce que ça nous a marqué. On dit souvent qu’on se souvient de l’endroit où on était quand on a su pour les attentats du 11 septembre, moi j’en parle jamais, parce que j’étais aux toilettes, c’est ma mère qui m’a dit « sors vite, Elise Lucet annonce un truc sur la 3 », à l’époque elle était en studio, pas dans la rue à poursuivre des gens. Bah là c’est pareil, on se souvient tous de l’endroit où on était pour le lancement du Loft, c’est normal puisqu’on était devant sa télé. Le Loft, ça a été la 1ère télé-réalité, créé par un néerlandais, John de Mol, seul homme à porter le nom d’un samedi soir qui était prometteur mais s’est avéré raté, à l’animation Benjamin Castaldi, la star de Comme j’aime, il a perdu 10 kilos, bah avant il avait décidé de se faire maigrir le cerveau en regardant des cons H24, pour rattraper le coup il a vécu 10 ans dans la réserve de Philosophie Magazine à lire du Kant. Et ensuite, il a fait Secret Story, c’était comme le Loft, sauf que les candidats avaient un secret, une particularité incroyable qu’eux seuls avaient comme « j’ai adhéré à l’UDI », ou « je suis le seul humain à réussir à pouvoir faire entrer une couette dans une housse de couette ».

Alors je sais que vous avez de moi une image sublimée, souvent des gens me décrivent comme « l’intello de l’humour français », puis ensuite je me réveille, mais en 2001, j’ai regardé Loft Story. J’ai tout maté, j’étais là quand Aziz a déclaré « je vis mon quotidien au jour le jour ». J’étais là quand Delphine, détectant une odeur suspecte, a crié, je cite « c’est qui qu’a pété ? ». Ce qui était comme une nouvelle forme d’art brut. J’étais là quand a été prononcée la phrase « je connais des personnes âgées d’un certain âge ». Voilà, c’est un coming out, il y a 20 ans, je regardais le Loft, c’est donc ma dernière chronique sur Inter, la sécurité de la radio va me couler dans la Seine avec au pied les invendus du dernier livre de Thomas Piketty. Mais aujourd’hui j’écoute Eddy de Pretto, donc je demande la rédemption.

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