Jeudi dernier, j’étais absent de l’antenne, c’était donc un jeudi morne, morose, dans une France à bout de souffle.

J’ai eu une crise de calculs rénaux, et ça fait très mal, c’est comme si dans son cabinet l’acupuncteur, histoire de casser la routine, remplaçait ses aiguilles par une pelleteuse. Donc je me suis bourré d’anti-douleurs, ce qui fait que j’ai plané pendant 8 jours, je me suis refait Woodstock dans ma tête, je vous écoutais chez moi mais j’étais tellement défoncé que je voyais des formes correspondant à ce dont vous étiez en train de parler, la météo j’ai vu se former un nuage, l’éco j’ai vu Dominique Seux dans mon salon, je lui ai dit « enfin, il était temps, bébé, 3 ans qu’on se fréquente, je me disais quand va-t-il comprendre ? ». Si le corps est une machine, le mien la semaine dernière était le distributeur de friandises dans lequel le KitKat est resté bloqué, donc vous tapez dessus à coup de bottes, puis Laurence Bloch, directrice d’Inter, passe et vous dit « tu vas te calmer, gamin, sinon j’appelle Pascal Praud et c’est lui qui va t’en coller une ».

Mais ça y est, 5 jours off et je suis de nouveau au top, c’est ça les années Macron. Seulement je réalise que j’ai tout raté. Parce que je pendant que je crevais, les français se sont éclatés, une étude de l’Ifop dit que rien qu’en novembre, 70% des français ont eu un rapport sexuel, ne sont comptabilisés, en plus, que ceux avec quelqu’un d’autre. « 70% c’est énorme » se dit en ce moment l’auditeur faisant partie des 30% restants. Et vous aurez compris que c’est l’effet confinement, les couples sont toute la journée à la maison, en Zoom, au bout de 3h d’écran à regarder des collègues habillés juste en haut, bah on craque et on fait l’amour. Ça fait ça les écrans, au Festival de Cannes, quand Thierry Frémaux s’est fait une journée de projections, je peux vous dire qu’il ne faut pas le croiser à 22h dans une ruelle sombre. Et l’avantage du 2ème confinement, c’est qu’en plus les enfants sont à l’école, donc dans le moindre pavillon de banlieue en ce moment, c’est Sodome et Gomorrhe, d’ici 9 mois, on va rien comprendre mais ça va être les maternités qui seront saturées. Jérôme Salomon viendra à la télé dire « pitié, essayez de le faire patienter 12 jours de plus, dites au bébé que Bruno Le Maire est très pessimiste concernant la croissance, qu’Aya Nakamura sort un triple album, il ne peut pas arriver, plus de lits ». Mais le pire, c’est qu’un télétravailleur sur trois, selon l’étude, dit avoir passé un moment coquin sur les heures de travail, et là on réalise qu’Elisabeth Borne, qui nous a poussé au télétravail, c’est l’équivalent de Rati, la déesse indienne de l’amour. J’espère que Durex va lui offrir le calendrier 2021, parce que franchement, si cette année ils font le chiffre, c’est grâce à elle. A chaque époque son symbole sexuel, les années 80 c’était la Cicciolina, les années 90 Pamela Anderson, les années 2000 Kristen Stewart, les années 2010 Alex Vizorek, les 2020 ce sera Elisabeth Borne. Elle nous a transformé en monstres de lubricité, elle a réveillé la bête en nous, même le plus paisible des experts-comptables en télétravail peut s’avérer le Rocco de demain.

Mais ce qui est intéressant, parce que je sais que sous des allures progressistes, vous êtes, Léa, Nicolas, d’affreux réacs, c’est qu’on n’est pas sur du sexe pour le sexe. Non, j’ai lu des réactions de psychologues à cette étude qui disent, que face au virus, à l’incertitude, à la crise, ce qu’on cherche, c’est du réconfort, et quoi de mieux pour se sentir bien que deux bras accueillants, et si la personne a mis du déo, c’est encore plus chouette ? Donc non, nous ne sommes pas devenus des satyres qu’Elisabeth Borne peut déclencher en deux bruits de bouche sur BFM-TV, nous sommes des êtres angoissés à qui depuis 9 mois, on interdit de se toucher, se côtoyer, se tenir, c’est dur, alors oui, on fait l’amour. Parce que ça fait du bien. Il y a ça et les anti-douleurs. 

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