Carine, Nicolas, vous avez aujourd’hui devant vous un homme mûr, avec tout ce que ça implique en matière de projection un peu fantasmée, l’expérience, le côté rassurant, des poignées d’amour auxquelles on peut se raccrocher si on glisse sur la neige à Paris, parce que clairement Anne Hidalgo n’a plus de sel.

Elle ne doit pas connaître l’existence du Leclerc Drive, Leclerc Drive, pour des achats faciles. Mais j’ai eu 20 ans moi aussi, en 1994, ça paraissait simple d’avoir 20 ans en 94, pas de virus, de gestes barrière, on se roulait d’énormes pelles, on se lavait pas les mains, on était plus sales que des chats sans langue, on vivait. On était sous Mitterrand, le 1er ministre était Édouard Balladur, un pakistanais de Karachi. On allait au ciné voir 4 mariages et un enterrement, avec Hugh Grant, l’Alex Vizorek de l’époque, le cinéma, comment vous dire, ça ressemblait à votre salon où vous regardez Netflix mais avec plein d’inconnus qui font du bruit en bouffant du pop-corn, un peu comme si le Droit au Logement avait pénétré dans votre appart’, mais avec un écran géant. 94, Kurt Cobain du groupe Nirvana décédait après s’être tiré une balle, Ayrton Senna décédait après s’être pris un mur en voiture, et Jackie Kennedy décédait, 30 ans après son époux, qui en voiture s’était pris une balle, sorte de synthèse de la mort des autres. Donc on était heureux en 94 mais on le savait pas, c’est toujours pareil, quand on est bien, en bonne santé, on n’y pense pas, puis un jour on a une cystite ou on perd une jambe si on a croisé un pitbull ou qu’on a essayé de dérider Martine Aubry, et on regrette de ne pas avoir vu la vie en rose.

Tu le sais, auditeur d’Inter, mon loulou, aujourd’hui sur l’antenne (tiens, expression qui rappelle que je n’ai pas 20 ans), c’est la journée Avoir 20 ans en 2021, et autant moi à 20 ans, je trouvais la vie difficile, j’écoutais l’album Vénus de Jean-Louis Murat en regardant tomber la pluie sur la baie de Saint-Brieuc, j’avais des pensées noires, j’ai été jusqu’à me déguiser en gaufre au sucre afin de me faire dévorer par des goélands, autant avoir 20 ans en 2021, c’est pire, faut être honnête. Mais là j’en ai deux fois 20, je suis dans le positif, et j’ai trouvé plein de raisons d’être heureux à 20 ans en 2021. Raison 1 : on a 20 ans, ça c’est formidable, on peut faire une nuit blanche et enquiller sur une journée complète, moi si je fais une nuit blanche, 14 jours plus tard je suis toujours étalé au sol, on finit par me commercialiser chez Saint-Maclou en tant que dalle de moquette. Raison 2 : ok, il y a le réchauffement, la crise climatique, mais ça fait un combat à mener, un objectif, les gens de ma génération, le top de notre engagement, c’est quand on a installé un pot catalytique sur la Fiat Tipo. On avait l’impression d’avoir sauvé le monde, moi j’ai réussi à faire pousser un ficus, je me suis dit « bébé, t’es l’équivalent tricolore du chef indien Raoni ». Raison 3 de se réjouir d’avoir 20 ans en 2021, il y a Instagram, alors on est enfermé mais ensemble. Moi j’ai grandi dans des bleds où sans permis A on ne voyait personne, 2 fois je l’ai raté, je me suis mis à crier à l’examinateur « tu sais qu’à cause de toi je vais encore rester vierge ? ». Raison 4 de se réjouir d’avoir 20 ans en 2021 : vous aurez connu Jean Castex, on en pense ce qu’on veut, mais il est rigolo. Allez, une dernière, raison 5 : vous qui à 20 ans êtes restés chez vous, concrètement vous avez sauvé des personnes fragiles ou âgées, qui peut en dire autant ? Les générations précédentes ont roulé pour elles-mêmes. Alors bien sûr il y a les fêlures, bien sûr on n’en sort pas indemne, à un moment mater Arsène Lupin tous les soirs on n’en peut plus, moi-même je suis tombé amoureux d’Omar Sy, on m’a dit que c’était le syndrome de Stockholm.

Mais je sais qu’à 20 ans on ne pense pas forcément avoir des enfants, surtout en 2021, seulement je vous dis que si vous avez un jour, vous aurez des choses à leur raconter, parce que vous n’êtes pas n’importe qui. Jeunes de 20 ans, génération 21, je vous dis merci.

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