Internet, c’est nul. Je ne sais pas qui est le con qui a créé ce truc-là, mais il nous a pourri la vie.

Prenez la radio, avant la vidéo en streaming, on pouvait venir sapé en T-shirt, avec un gilet à trous, bah à part vous, Nicolas Demorand, personne ne fait plus ça. La radio c’était le média des moches, un Guillaume Meurice en 78 on l’aurait aiguillé sur une carrière de chanteur de charme pour gauchistes âgés, il en aurait fait claquer, des pacemakers à la Fête de l’Huma. A cause d’internet, maintenant en radio tout le monde est désirable, chaque fois que je viens, je me surprends à me dire « pourquoi est-ce qu’on parle alors qu’on devrait être en train de faire l’amour ? ». Il faudrait que j’écoute les autres jours à 8h55, si ça se trouve je suis le seul que vous faites parler, ça peut pas être une histoire d’haleine, j’ai un masque. Puis avec internet on a trop de tout, j’ai plus de photos de mon fils sur un week-end que mes parents en ont de moi sur 25 ans. De 85 à 88 j’ai deux photos de moi, une où je bois du Cacolac, la suivante j’ai la moustache, je joue au PMU. C’est à cause du Cloud, on envoie tout dans le nuage, elle a pas vu arriver ça Marie-Pierre Planchon, on prend en photo n’importe quoi. Pareil pour le streaming, le temps d’arriver à choisir une série, c’est l’heure d’aller dormir, ça fait 2 ans que je ne vois que des bande-annonces. Du coup, on n’a plus la patience, un film de Claude Sautet, au bout de 3 minutes j’ai envie que Yves Montand demande l’addition. J’écoute des playlists de K-pop, je sais ce qu’est le revenge porn, vous trouvez ça normal ? j’ai 47 ans, je devrais boire des verveines en suppliant François Bayrou de me faire entrer gratuitement au Modem.

Et Waze, je vous ai parlé de Waze ? Une horreur, impossible de dire à un ami qu’on n’a pas envie de voir qu’on n’a pas trouvé l’adresse de chez lui, même les chemins du Limousin sont répertoriés, et si quelqu’un a mis une bûche en travers du GR, on vous propose un autre chemin. Comme excuse pour ne pas voir quelqu’un, il y a juste « j’ai le Covid », j’ai utilisé cette excuse 19 fois en un an, les gens qui me connaissent disent « Pastureau il est gentil mais fragile », dans le prochain livre de Michel Cymès, j’occupe 3 chapitres. Mais moi ce qui me gêne, ce sont les données. Le fait que tout soit stocké sur des serveurs, pour acheter un jean, ça prend des plombes, faut scanner le truc, vous retrouver dans la base de données, si vous vous appelez Martine Durand, il y en a 320, il faut avoir la bonne, moi je dis Tanguy Pastureau, c’est encore plus long, parce que la personne me demande « sont comment Léa et Nicolas en vrai ? », je réponds « très sympa », faut abréger donc on n’a pas le temps de dire la vérité. Alors qu’avant, un jean, le type encaissait, vous disait « avec ça, ma loute, tu vas avoir un joli petit cul », c’était avant metoo, ça durait quelques secondes. Le temps cumulé chez Pantashop pour un nonagénaire, c’était 4 minutes sur une vie. 3 minutes s’il achetait plutôt des shorts.

Nos vies, nos données, sont stockés sur des serveurs, nous ne sommes plus que des chiffres binaires, nous sommes des bits. Donc vulnérables, ainsi à Strasbourg il y a un gros data center qui a brûlé, bah les répercussions sont énormes. Le site de l’UPR de François Asselineau a sauté, il était hébergé dessus, Asselineau n’a plus la liste de ses membres, il se souvient d’Adrien Asselineau, son neveu, Pauline Asselineau sa belle-fille, mais les 4 autres, qui sont-ils ? Mystère. Des lycées ont perdu les notes de leurs élèves, le site Meteociel a sauté, des gens perdus sont sortis en T-shirt à Dijon, il faisait 9 il pleuvait, ils sont morts. Hier, des milliers de français ont perdu leurs données, parce que le cloud, en fait, n’existe pas. Ce nuage magique est une vue de l’esprit, comme le socialisme, au fond, c’est juste une machine, qui brûle parfois. Ça vaut pas mieux que le carnet de bord Clairefontaine du Pantashop qu’on aimait tant. 

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