Tanguy Pastureau attends avec impatience le stade 3 face au coronavirus.

Oui, parce que moi depuis 15 jours, je suis déjà en stade 7, je ne parle plus aux gens, quand ils disent « il a changé, Pastureau, il ne dit plus bonjour, il a la grosse tête », je leur réponds « ta gueule ». Pas moi, la marionnette de castor que j’ai avec moi, parce que pour émettre le moins de postillons possible, j’ai appris la ventriloquie, j’arrive à causer sans desserrer les dents. 3 semaines que je n’ai pas serré la main de qui que ce soit, je dis bonjour avec le coude, le pied, le genou, la nuque et la fesse droite, je suis crevé. Dire bonjour aujourd’hui, ça équivaut à se farcir 3h de pilates. Les bises, pareil, c’est fini, maintenant je reste à 12 mètres et je lance un baiser de la main, et si la personne s’approche, je fuis, heureusement que j’ai pas mal joué à chat quand j’étais petit et que j’ai des restes. J’ai peur, quand je pense que Franck Riester, le ministre inconnu, est venu dans ce studio et qu’il est positif au coronavirus, alors certes, je ne lui ai pas serré la main, il ne fait ça qu’aux gens connus, mais j’ai peur quand même. Parce que tous ceux qui disent « oui, ce n’est qu’une petite grippe » ne savent pas que moi, j’ai déjà peur d’une petite grippe.

Ça fait 3 semaines que j’écoute mon corps comme un juge écouterait Nicolas Sarkozy, avec la plus grande attention. La moindre petite douleur, j’appelle le 15, l’autre jour, j’avais mal au doigt, j’ai appelé le 15, on a trouvé ensemble ce que j’avais : je m’étais fait mal à force de composer le 15. Mon pharmacien est devenu mon meilleur ami, je lui ai pris tout son stock : de la vitamine C, de la D, de la E, de la S, ça n’existe pas, il m’en a fabriqué juste pour que je lui foute la paix. Si j’étais célibataire, sur Meetic dans le titre de ma page, j’écrirais « cherche femme médecin. Ou homme médecin, mais médecin ». Pour vivre avec un médecin, je serais prêt à changer d’orientation sexuelle.

J’espère que ce soir Emmanuel Macron va nous rassurer, nous dire que ce virus, c’était un happening artistique de Piotr Pavlenski. Ou une caméra cachée géante réalisée par Arthur pour TF1. Ce soir à 20h, j’espère que Macron va annoncer qu’on passe au stade 3, pas au stade 2 bis, au stade 2 XXL, au stade 2 4K, non, au stade 3. Parce que venir ici pour 3 minutes de chronique, quel risque absurde, mais prenez moi en FaceTime, Léa, Nicolas ! On se fait une visio sur Skype et c’est plié, chacun chez soi, en pyjama, avec l’invité politique, Anne Hidalgo, sur un velib dans son appart ! On ferme tout, on reste chez soi, avec un panneau sur la porte où il y a écrit « interdit au virus », comme les enfants de 10 ans ont sur celle de leur chambre un écriteau disant « interdit aux parents », ces petits cons, 3000 balles de loyer, leur piaule fait 12 m2, au prorata, ça coûte 950 euros par mois, tu penses que si je veux rentrer, je rentre.

Un jour, tout redeviendra comme avant, on se fera la bise, on boira des coups, on s’éclatera les boutons qu’on a dans le dos, Macron ce jour-là le dira à la télé, à 20h, avec une coupe de champ’ et des serpentins, il dira « mes chers concitoyens, tout est réglé, regardez-moi faire », et en direct, il fera un smack à Brigitte, pas un petit smack de gosse de 10 ans avec un écriteau « interdit aux parents », non, un smack d’adulte, sexy et fiévreux. On entrera alors dans une époque bénie où la fièvre, de nouveau, sera recherchée et pas subie. J’ai hâte. Et en attendant, je retourne m’isoler, si vous me cherchez, je serai chez moi, en pyjama.  

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