Vous savez, j’en veux à Mme Quividic, ma conseillère d’orientation de 3ème, parce qu’à cause d’elle, je me suis planté.

 C’est elle en 89 qui m’a dit « tu racontes que des conneries, donc va vers l’humour », elle ne savait pas que CNews existerait, donc elle pensait que je n’avais qu’une option. Et là en tant que comique, je me retrouve comme un idiot, théâtres fermés, tournée annulée, j’ai plus rien, je reçois même des messages de soutien de Faudel. D’Olivier Chiabodo. Jerôme Cahuzac m’a écrit pour me dire « j’aimerais pas être aussi tricard que toi ». C’est la lose, Léa, Nicolas, je comprendrais que vous me parliez plus, je suis aussi inutile qu’un sex-toy chez les moines trappistes. 

Non, ce que j’aurais dû faire, c’est me lancer dans la raclette, pas au sens propre, hein, c’est beaucoup trop chaud, non, dans le business de la raclette. Ah c’est un carton, il y a eu un reportage dans le JT de 13h de France 2, alors que d’habitude, la raclette, c’est le domaine de Jean-Pierre Pernaut, il peut monter 14 minutes de reportage par tranche de fromage. Et ils expliquaient que les ventes d’appareil à raclettes ont explosé, c’est la folie, chez Darty, même les gens qui vendent des télés font chauffer du fromage dessus pour essayer de les écouler. 300% de ventes d’appareils à raclette, et le marché s’est adapté, il y a des appareils pour deux et même pour personnes seules, ce qui est triste, parce que la raclette, c’est la convivialité, les copains, là on se retrouve seul chez soi, déchiré au vin blanc, à se dire à soi-même « vous m’ôterez pas de l’idée qu’il y a quand même trop d’étrangers en France ». Ça perd de son charme. La raclette, c’est comme le tennis ou la gestion de la ville de Levallois-Perret sur 30 ans, ça se fait à deux. Minimum. Et qui dit appareil à raclette dit fromage à raclette, et là aussi, c’est fou, tout le monde en veut, les professionnels s’inquiètent d’un début de pénurie, moi j’ai acheté un lot de 30 tranches de fromage à raclette 7 euros, hier, et bien là il en vaut déjà 42. Quand je pense à ces gens qui se payent des lingots d’or, ce truc de riches ringards, alors qu’aujourd’hui, un frigo rempli de fromage à raclette, vous êtes Jeff Bezos. Vous devenez le Rothschild de la patate.

Alors les médias ont enquêté, pourquoi les français se jettent-ils sur la raclette ? Déjà parce qu’autour d’une raclette on se sent bien, on a les boutons de la chemise qui lâchent un par un, on transpire, on ne sait plus qui est notre oncle préféré et qui est un morceau de jambon, mais on s’en fout. Les psys disent que c’est un doudou, une valeur refuge, Alexis Corbière a le bolivar vénézuélien, les autres ont la raclette. Aux chiottes le yoga, la raclette c’est le bien-être, s’i y a 2 ans, pour l’interview de Nicolas Hulot, vous aviez fait une raclette, il vous aurait pas claqué entre les doigts, il aurait dit « savez quoi, je vais m’accrocher ». Mais non, ici il y a que du café froid et à cause du Covid faut venir avec son Balisto, donc pas étonnant que les gens ne soient pas jouasses. Il faut savoir qu’il n’y a qu’à Inter qu’Eric Dupont Moretti fait cette tête, hier je l’ai vu sur les quais de Seine, tout sourire, il revenait de la zumba, il m’a dit « namasté, Tanguy, que la paix soit sur toi ». Il avait mangé de la raclette, le plat dont on a besoin en ce moment, parce qu’il réconforte, il y a ça et faire un câlin à l’ourson de la pub Cajoline, mais cet ours n’existe pas, alors que le fromage à raclette, si, et on le sait, parce que dans le frigo ça pue la mort, si vous mettez un vaccin contre le Covid dans le même frigo, le vaccin tourne. Mais Jérôme Salomon l’a dit, les français sont déprimés, et qu’est-ce qu’on a comme perspective ? Faire la fête avec sa mamie à l’Ehpad ? Non. Aller au théâtre voir Pastureau ? Non. Acheter un livre, comme ça, au débotté, hors clic & collect ? Non. Tout ce qu’on peut faire, c’est bouffer de la raclette. Seulement il n’y en aura pas pour tout le monde. Moi j’ai 30 tranches de fromage à raclette, 500 euros, faire offre si intéressé.

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