Vendredi à 17h20, j’ai reçu un SMS de Yann Chouquet, directeur des programmes de France Inter, un homme visionnaire, puisque c’est lui qui m’a convaincu il y a 3 ans de vous rejoindre, donnant ainsi un nouveau souffle à cette radio, selon ma mère.

Tanguy Pastureau rend hommage aux enseignants quelques jours après l'attentat terroriste de Conflans-Saint-Honorine
Tanguy Pastureau rend hommage aux enseignants quelques jours après l'attentat terroriste de Conflans-Saint-Honorine © Radio France / capture d'écran

Yann m’écrivait « bon courage pour le 7h55 la semaine prochaine », je lui ai répondu un truc du genre « super, je vais m’amuser, Léa et Nicolas m’adorent ». Je ne savais pas qu’à peu près à la même heure, un professeur, M. Paty, se faisait assassiner, et que la photo de son corps tournerait sur les réseaux sociaux jusqu’au lendemain, alors que quand vous montrez le quart de votre fesse, dans les 20 secondes Mark Zuckerberg en personne vous vire de Facebook. 

Alors c’est dur quand une personne a été décapitée le vendredi d’arriver à l’antenne et de déconner, c’est même indigne. Or sur mon contrat, il y a marqué humoriste, je l’ai relu ; d’habitude je regarde que le montant, héritage de mes années dans le privé, mais là je suis remonté jusqu’à fonction. Je suis censé faire rire, ne pas le faire, c’est comme si vous, Nicolas, disiez « allez finies les infos, trop glauque, je vais passer un Chimène Badi dans l’espoir d’être remarqué par Chérie FM ». Mais le rire ce matin, bof. Alors je vais juste vous dire qu’à France Inter, pour plaisanter, on dit souvent qu’on est écouté par des profs, alors que c’est faux, on est aussi écouté par des CPE. Et ce week-end, j’ai pensé à mes profs, à M. Bodenes, mon prof de maths de 3ème, je détestais sa matière mais je l’adorais lui. A mon prof de français de 1ère qui, le 3 mars 91, nous a fait étudier un texte de Gainsbourg, décédé le 2, j’avais trouvé cette réactivité, comme on dit dans la start-up nation, tellement touchante. A mon grand-père, prof d’anglais, issu d’une famille rurale de Pluvigner, dans le Morbihan, devenu à force de travail inspecteur général d’académie, et qui savait, lui, que l’éducation émancipe. Heureusement il n’est plus là pour voir ça. 

Quand j’étais scolarisé, c’était il n’y a pas si longtemps que ça, je suis encore tellement jeune, ne dites rien, le prof c’était sacré, s’il nous punissait, les parents derrière doublaient la punition. 400 lignes devenaient 800 lignes, je me suis fait plus de lignes qu’un acteur d’Hollywood. Et si d’aventure un parent venait interférer, face à lui, il n’avait pas des profs isolés, abandonnés, lâchés, il avait un bloc, solide, ça s’appelait l’Éducation Nationale et à l’époque, même le ministre de l’Éducation Nationale y croyait. Vendredi, Macron a dit « l’obscurantisme ne passera pas », il s’est trompé dans les temps, il voulait dire « l’obscurantisme est passé », voyez, lui aussi aurait besoin de retourner à l’école. Chers professeurs, vous m’avez fait, merci.

Et comme je tiens à honorer mon contrat, il faut du rire, j’ai apporté des Carambars. Je vais vous lire une blague. « Comment appelle-t-on un britannique très gentil ? – Une crème anglaise ». A demain.

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