Monsieur Dupont-Moretti, nous n’avons vous et moi rien en commun, à part cette virilité exacerbée qui nous confère une aura quasi-bestiale.

Quand on entre dans une pièce les gens se taisent, vous parce qu’ils sont impressionnés, moi parce qu’ils préfèrent continuer à regarder des photos de leur chat sur leur portable.

Mais pour le reste, tout nous sépare. Vous êtes un chasseur passionné, je suis anti-chasse, vous aimez la corrida, je suis anti-corrida, si on devait se marier, à Vegas, cérémonie célébrée par un sosie de Gérald Darmanin qui nous mettrait des menottes en fourrure, notre union durerait 17 minutes. C’est d’ailleurs osé de votre part de venir à France Inter, décrite hier encore par Pascal Praud, Nadine Morano, mais aussi des gens sobres, comme une radio gaucho-boulgouro-quinoa tendance bonnet péruvien, la dernière fois qu’on a reçu Depardieu, il y avait tellement rien à manger qu’il a bouffé le stagiaire de 3ème, Théo. Personne n’a rien dit parce que c’est la 1ère fois qu’un stagiaire de 3ème servait à quelque chose. Ça fait 10 ans que je ne me nourris que de graines, je reçois des messages d’éleveurs de volaille qui me disent « salaud, t’es venu manger le pain des poules françaises ». Vous auriez été mieux reçu chez Cyril Lignac.

Donc là, si je voulais buzzer, je vous rentrerais dedans en opposant votre mode de vie (sauce béarnaise et sourcils froncés), au mien (soja équitable et dépression), mais je suis trop fatigué pour ça, j’ai envie de concorde, d’une France qui se fait des bisous. Depuis ce qui s’est passé ce week-end, j’ai besoin d’amour, pas physique, j’ai passé l’âge, quand on me parle de Manix, moi c’est à la vieille série avec Mike Connors que je pense. Non, là, si je pouvais, je me roulerais en boule contre vous, vous me caresseriez les cheveux, enfin le cheveu, et je vous dirais « Eric », parce que l’intimité nous aurait poussés à nous appeler par nos prénoms, « Eric, tu réfutes la notion d’ensauvagement, tu parles de sentiment d’insécurité, mais moi j’ai peur, depuis vendredi j’ai peur ». J’ai peur de nos fractures, parce que j’ai l’impression qu’on n’est plus une nation mais un agglomérat de gens qui tous s’opposent aux autres, vegans contre viandards, écolos contre acheteurs de SUV, Anne Hidalgo contre principe du moteur à explosion, Fabrice Luchini contre la gauche, Vincent Lindon contre la droite, François Bayrou contre ceux qui ne sont pas François Bayrou. Les musulmans, nombreux hier à écrire sur Facebook « la France est contre nous ». Comprenez donc que ce matin, je n’ai pas eu envie de voir ce qui nous sépare, mais ce qui nous rapproche, cet incroyable charisme. Et si vous voulez du quinoa, j’en ai 4 sachets dans mon bureau.

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