Quand j’étais petit, j’étais fan de Jean Roucas...

 Je sais, je casse le mythe, humoriste France Inter, l’auditeur se dit « il doit kiffer les plus grands, Pierre Dac, Vialatte, Desproges », bah non, moi le 1er truc qui m’a marqué, c’est une marionnette de grenouille qui faisait « han appelez-moi Dieu ». Je sais, je le fais bien, mais le souci, c’est que je n’imite que des gens morts depuis 20 ans, je fais aussi Mike Brant, « aaaaahhh… prrou », et le Mime Marceau, « … ». Voilà. Moi, mon 1er rapport à la politique, ça a été le Bêbête Show, parce qu’à l’époque, le personnel politique était austère, donc les voir en bestioles, le contraste était drôle. Mais en 2020, prenez Marlène Schiappa, l’acolyte de Robocop, là, Darmanin, bah elle est déjà drôle. Hier, elle a ouvert un compte sur Tik Tok, un réseau social d’ados pré-pubères qui bougent leur boule sur du Wejdene, elle a 38 ans, les seuls autres gens de son âge à faire ça, ce sont des pervers à collier à barbe. Donc elle a fait une petite vidéo, que je vous décris, parce que vous n’avez pas Tik Tok, vous êtes vieux. Mme Schiappa est debout, chez elle, devant sa fenêtre, un immeuble haussmannien de belle facture en face nous renseigne sur le fait qu’elle n’habite pas Ivry. La vidéo démarre, on entend derrière elle le titre Girls de Beyoncé, un hymne aux femmes, la chanson est sortie en 2011, donc pour les jeunes sur Tik Tok, ça revient à passer des sons de tam-tams du néandertal, 2011, c’est loin. Mais Mme Schiappa a l’impression d’être à la mode avec ça, et si vous lui proposez de twerker sur du Adamo, elle vous répond « yes, man », et elle le fait. Et là, elle dit « salut, jeune entrepreneur, je m’appelle Marlène Schiappa, et j’arrive sur Tik Tok », le truc de l’entrepreneur, c’est un jeune type qui faisait des sketchs l’an dernier, en fait c’était un système d’arnaque en mode pyramidal, comme Bernard Madoff mais avec un petit cul. Il fallait convaincre d’autres gens d’entrer la spirale, et ainsi de suite, donc là, Schiappa, bel exemple. La prochaine vidéo, elle sera sur le dos de Christophe Rocancourt, pour un hommage à Jacques Crozemarie, ancien président de l’Association pour la Recherche sur le Cancer.

Et là, quand j’ai vu cette vidéo hier, j’ai eu pitié, ou alors c’est moi qui ne suis pas fait pour cette époque, c’est possible, je suis plus ringard qu’une PlayStation 2 manipulée par Patrick Sabatier. Mais cette course au jeunisme, j’en peux plus. Quand moi j’étais jeune, jamais Lionel Jospin n’aurait donné une interview croisée à OK Podium avec Jean-Marc Barr et un dauphin du Grand Bleu, il savait que le seul moyen d’intéresser les jeunes à la politique, c’était de parler à leurs parents. De les enflammer. De faire briller leurs yeux. On laissait aux ados leur univers, on ne se mélangeait pas, et c’était sain, Alain Juppé c’était 7/7, Jour de Neige d’Elsa, c’était le Top 50, mais aujourd’hui, Marlène Schiappa, c’est elle dans le clip qui ratisserait la neige en arrière-plan avec sa pelle.

Alors attention, elle n’est pas seule, Mélenchon aussi a un compte Tik Tok, c’est le plus vieil utilisateur de ce réseau social au monde, c’est le Père Fourras de Tik Tok. Il y a un mois, le niveau, il a repris un tube de Jul, rappeur marseillais, pour répondre à Macron. Qui n’a pas encore répliqué, mais j’imagine qu’il va le faire sur le site de Piwi +, parce que c’est la prochaine étape du jeunisme. Dans 2 mois, les types vont essayer de faire marrer des fœtus. La semaine dernière, un député La République en Marche a aussi dit à l’Assemblée qu’Aya Nakamura, la chanteuse pour les kids qui ont pas les neurones en place, était en train de porter au niveau international de nouvelles évolutions de la langue, Nakamura, ça fait Djadja, y’a pas moyen Djadja, j’suis pas ta catin Djadja, genre tu dead ça, donc ce député là encore, fait du jeunisme. J’ai une chose à leur dire à tous : les amis, laissez Tik Tok aux ados, et faites de nouveau rêver les adultes, merci.

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