Ce matin, Tanguy, a décidé de nous parler de l’adolescence.

Oui, parce qu’avant d’être cet homme à la voix sûre qui plonge l’auditrice de centre-gauche dans des rêveries moites, j’ai été un adolescent torturé, un babtou fragile, qui écrivait I love Robert Smith au blanco sur la table pendant le cours de maths, cette matière atroce qui nous a donné des maux de tête et Cédric Villani. C’était en 89, il n’y avait pas Snapchat, pour sortir avec une fille, je devais lui faire passer un petit mot avec écrit « tu me plais », elle me faisait passer un autre mot avec écrit « pas toi », je lui faisais passer un 3ème mot avec écrit « tu regretteras, parce qu’un jour j’serai une star de la radio, je boufferai des croissants avec Claude Askolovitch », elle me remettait un mot avec écrit « Askoloqui, connais pas », puisque Claude écrivait dans la presse adulte, alors que nous on achetait le magazine Salut, elle pour les propos d’Anthony Delon, moi pour ceux de Samantha Fox, que j’ai jamais réussi à lire puisque j’étais occupé à regarder la photo de Samantha Fox accompagnant l’article. Problème que personne ne rencontre de nos jours avec un papier sur Michel Houellebecq. Bref, pour un rancard, il fallait compter l’équivalent de 3 ramettes de feuilles A4, ma génération est à l’origine de la déforestation de la planète, si je croise le chef Raoni, il va me défoncer la tête à grands coups de soucoupe, comme quand on critique Marcel Amont dans un salon de thé fréquenté par des mamies un peu sur les nerfs.

Tous ici, on a été ados, Nicolas, vous fûtes sans doute ce type acnéique qui sniffait de la colle, Léa cette fille dont le chewing-gum se prenait dans l’appareil dentaire et qui avait un cahier de textes avec en couverture des dauphins, on a pué le Biactol et on a produit assez de sébum pour graisser les mocassins à glands de tout le 9.2. L’adolescence, c’est ce moment ingrat où d’un coup on a toutes les parties de son corps qui poussent, mais jamais celles qu’on voudrait.

On pardonne tout à l’ado, sa mauvaise humeur, ses colères, sa noirceur, jusqu’au billet qu’il a acheté pour la tournée de Matt Pokora, parce que l’ado fait peur, c’est un putois qui aurait le mental de Martine Aubry. Regardez Greta Thunberg, 3 jours que tous les éditorialistes chez nous sont en PLS, Christophe Barbier, j’ai cru qu’il allait se pendre avec son écharpe. Vincent Hervouët, sur LCI, a dit d’elle que c’était un tyran de 16 ans, mais tout individu de 16 ans est un tyran, vous lui faites des brocolis, il hurle « maman j’te hais, j’appelle un esclave de chez Deliveroo qui va m’apporter un Mc Do ». François Lenglet, l’économiste à la voix hypnotique, la dernière fois que je l’ai vu, je me suis réveillé 4 jours après, a dit « une fille de 16 ans fera rien, le changement climatique est un problème technique », lui parle du réchauffement comme le garagiste quand la 306 a coulé une bielle.

Sur BFM un bandeau disait « Greta Thunberg, ange ou démon », avec une photo d’elle en colère, le visage tordu, comme moi quand j’ai passé la nuit la face du même côté sur l’oreiller et que je viens de me lever. Faut-il qu’ils en aient peur, de la petite, pour réagir ainsi. Bien sûr, elle crie, elle vibre, elle fait la tronche, c’est une ado confrontée à une potentielle fin du monde, ça va, moi quand j’avais 16 ans, le groupe Bros s’est séparé, j’ai cru que j’allais crever. L’adolescence, c’est ce moment pur où on crie quand on a mal, mon avis, c’est qu’on devrait tous rester bloqué à l’âge de 16 ans.

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