Consternation hier chez les jeunes, il était 12h30 quand Snapchat a planté.

Snapchat, ce n’est ni un site sur les félins ni un recueil en ligne de blagues de Jean-Marie Bigard, il s’agit d’une appli de partage de vidéos, le jeune se filme en train de faire des choses de jeunes, donc il déclame rarement du Jean Castex, et ses amis likent. Or les amis, c’est important pour les jeunes, nous on s’en fout, on est âgés, à nous 5 ici on a quand même l’âge de Jean-Pierre Elkabbach seul. On sait, nous, qu’avoir des amis, c’est courir le risque que l’un d’entre eux qui déménage nous demande un coup de main, et on se retrouve à 8h du mat’ à essayer de faire entrer un futon dans un Kangoo. Le futon, tout le monde voit, ce sont ces lits très bas, situés à 9 cms du sol, si vous ne buvez pas, ça ne sert à rien d’avoir ça. C’est pour ça que je ne suis pas ami avec Manuel Valls, parce qu’il déménage sans cesse, il a la vie des types qui ont un stand de chamboule-tout à la fête foraine. Matignon, Barcelone, chez sa femme, à l’hôtel Ibis, j’ai entendu dire qu’actuellement il campe devant l’Élysée sous une énorme pancarte comportant son numéro de téléphone et un gros cœur. Donc Snapchat a planté, et les jeunes, désespérés, ont poussé à l’unisson un « hhhu », parce qu’ils sont en train de muer. Même les filles, la faute aux perturbateurs endocriniens. Certains ont demandé l’asile à leur grand-mère sur Facebook mais Facebook aussi a planté il y a 10 jours, ainsi qu’Instagram, des milliers d’influenceuses se sont retrouvées sans rien, elles ont tenté de lire pour passer le temps, mais n’avaient pas de livres, tout ce qu’elles ont trouvé en écrit chez elles, c’est la marque de leurs toilettes sur le haut de la cuvette, pendant 24h elles ont lu, Jacob Delafon, Jacob Delafon, Jacob Delafon, Jacob Delafon.

Alors après, on peut vivre sans les réseaux sociaux, moi je l’ai fait pendant 30 ans, j’ai survécu. Mon like, c’était ma fiche de paie, à chaque fin de mois, je me disais, ça va, l’actionnaire a apprécié. Au resto, je mangeais des plats sans les prendre en photo pour les poster sur Insta, parce qu’on est d’accord qu’autant la plupart des plats sont bons, autant ils sont inesthétiques, une crème catalane en photo, j’ai toujours l’impression que mon petit-neveu qui a de l’acné vient de m’envoyer un portrait de lui. Une fois, j’ai vu une photo de meringue, j’ai cru que c’était Mme de Fontenay qui venait de se faire exploser. Je m’étais dit, la vache, Daech ils n’ont vraiment plus personne. Sans les réseaux sociaux, on ne voyait pas les photos des enfants des autres, un ami que vous n’aviez pas vu depuis 20 ans vous invitait, la porte s’ouvrait, pour peu que son fils lui ressemble, vous vous mettiez à hurler, ah mon dieu Pascal, qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? T’es tout compressé, tu t’es mis au Vélib, Pascal, dès la 1ère fois t’as tenté le couloir de bus ? Moi j’ai même vécu sans Twitter, c’était incroyable, pour insulter des gens, il fallait aller dans des soirées dédiées, mais pour les véganes qui ne portent pas de cuir, c’était impossible de se défouler. C’était dingue, la vie sans internet, en voiture c’est votre conjoint qui vous disait de tourner à gauche, mais jamais il ne s’écriait subitement qu’il avait trouvé un meilleur itinéraire permettant de gagner 7 minutes, ce naze. En plus Internet nous a rendu inhumains, prenez Tinder, jamais avant on allait dans un bar et on faisait, moche, moche, moche, mal sapé, chauve, moche, l’air con. Non, on prenait le 1er venu et on perpétuait l’espèce à l’arrière d’une 205.

Et on va revenir à ça, parce qu’il y a une crise de l’énergie, bientôt un jour sur deux on vivra sans électricité, on communiquera en donnant des coups dans un jembé, des punks à chien arriveront en disant, on croyait que tu nous appelais, mec. En attendant, hier, des millions de jeunes sont passés de Snapchat à la vie réelle, ils ont découvert dans le même temps l’existence de France 3, des mots fléchés et du centrisme. Le choc. Et ils sont sans doute avec nous ce matin, alors salut les piou-pious.

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