Divin Eric, langoureuse Catherine, ce matin j’avais d’abord pensé à vous livrer en exclusivité ma fameuse recette du chocolat chaud au Saint-Nectaire, mais il est trop tôt (trop tôt le matin, et puis surtout trop tôt dans l’Histoire, l’humanité n’est pas prête).

Alors je vais plutôt vous parler d’une vague déception et d’une toute petite colère qui n’en finit pas de gronder en moi. J’ai reçu il y a quelques jours un texto d’un ami (enfin c’est pas vraiment un ami, c’est plutôt un copain. Et puis c’était pas vraiment un courriel, c’était un texto, mais franchement vous chipotez pour pas grand-chose Catherine ! Un texto d’un copain qui donc m’écrivait « t’as vu Xavier Dolan ? » suivi de trois petits smileys : celui qui pleure, celui qui ressemble au cri de Munch, et une aubergine (un peu anachronique je vous l’accorde).

Xavier Dolan
Xavier Dolan © Radio France / REUTERS/Yves Herman

Je lui réponds Non. Puisque c’est vrai, je n’ai jamais vu Xavier Dolan. J’adorerais. J’ai d’ailleurs fait une liste, « la liste des choses que j’aimerais voir en vrai », en pôle position de laquelle on retrouve Eric Delvaux en slip de bain. Et Xavier Dolan figure dans cette liste, à la 48ème place, entre la tombe de Françoise Sagan, et une aurore boréale dans les Lofoten.

Sur ce mon ami me renvoie un texto (oui parce qu’entre temps, du fait de l’aubergine qui m’avait bien fait rigoler, il était devenu mon Ami), un texto avec un lien internet que je suis et qui me mène sur une page titrée : le Casting Alléchant du prochain film de Xavier Dolan. Je parcours l’article, excité, tout prêt à m’allécher copieusement.

Et je découvre que le prodige québécois qui me réjouit quasiment jusqu’à l’orgasme à chacun de ses films, adapte et réalise Juste la Fin du Monde, qui est ma pièce favorite du dramaturge Jean-Luc Lagarce (oui Charles Jaigu, Jean-Luc Lagarce, c’est une contrepèterie, indigne d’un journaliste tel que vous, mais c’en est bien une).Juste la Fin du Monde compte selon moi parmi les plus belles pages de la littérature mondiale et je l’affirme d’autant plus tranquillement que j’ai lu l’intégralité de la littérature mondiale.

Et pour jouer ce chef d’œuvre, un casting qui me délèche un petit peu (« délèche », c’est l’inverse d’allécher. Par exemple un chocolat chaud au Saint-Nectaire, ça vous délèche. Un séjour pour deux au salon du tunning de Charleville-Mézières, ça nous délèche). Bon ben moi Juste la fin du Monde avec Gaspard Ulliel, Vincent Cassel, Léa Seydoux et Marion Cotillard, ça me délèche un petit peu, et ça me pose une question « Trop de glamour ne risque-t-il pas de nuire au cinéma ? » Parce que bien sûr, ces acteurs sont infiniment prestigieux, la preuve ils sont tous vendeurs de sacs et de parfums (et pour Dior ou Chanel, pas pour Kiabi ou Les 3 Suisses).

Mais les réunir n’est pas -selon moi- d’une audace absolument alléchante.

Alors on me répondra « Oui mais Seydoux et Cotillard sont des stars incontournables. Et je répondrai « Justement ! Lagarce est l’écrivain de la nuance, de la spirale, du contour et j’aurais préféré pour les jouer des acteurs un brin plus contournables, comme Dolan a jusqu’ici eu l’habitude de nous en présenter ». Mais ça c’était avant, et il est sans doute difficile de résister au chant des sirènes bankables. Pourtant moi je rêve d’une banque. Pardon, je rêve d’un monde où les affiches seraient plus délirantes, plus inventives et peut-être un peu plus foutraques.

A quand Arnaud Desplechin qui adapte Les bonnes de Genet, avec Meryl Streep et Chantal Ladessou ?

A quand une adaptation de Quick et Flupke avec dans les rôles titres Béatrice Dalle et Amanda Lear ?

A quand Les trois mousquetaires au cinéma avec Juliette Binoche, Alex Lutz et Jacques Balutin ?

« Il est grand temps de rallumer les étoiles » disait Apollinaire. « L’amour est à réinventer » disait Rimbaud. Moi je dis que les étoiles sont à réinventer.

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