Donne moi ta main et prends la mienne, mais oui mais oui la grève est pas finie… comme le chantait chez la Ministre de la Culture la CGT - un jeu de mot s’est glissé dans la phrase, si vous le retrouvez, Radio France vous offre un lot de 3 slips pur coton dédicacés par Mathieu Gallet.

Je suis heureux de vous retrouver Eric et Catherine, vous m’avez manqué, j’étais inquiet, je me suis dit ils ont dû tellement changer, ils ont dû dormir un peu, ils vont avoir meilleure mine, je vais jamais les reconnaître.

J’ai plutôt de la sympathie pour les grèves, je leur dois mes plus beaux souvenirs d’enfance , quand surpris, par une grève des profs ou des bus, une journée entière de vacance se libérait à l’improviste autorisant subitement un semblant d’école buissonnière à l’enfant trop discipliné et acnéique que j’étais (oui j’étais à peu près aussi rebelle qu’Alain Juppé quand j’étais ado).

En parlant d’acné, revenons un peu sur ce qu’il s’est passé pendant cette grève, je ne parlerai pas des élections (parce que je sais pas si on peut tellement dire qu’elles se sont « passées » vu le malheureux taux de participation, surtout à Paris : 0% des électeurs se sont rendus aux urnes à Paris pour les départementales, c’est historique).

Je vais plutôt vous parler de ce séisme de magnitude 1 milliard qui a secoué le monde de la pop-adolescente : Zayn Malik a quitté les One-Direction . Oh faites pas semblant de pas comprendre dans ce studio, Eric vous avez perdu au moins 8 kilos, c’est pas parce que la grève vous a permis de vous remettre au jogging. C’est parce que vous êtes- comme des millions d’adolescents- affligé, détruit par le démembrement d’un des groupes pop les plus influents du monde.

Alors je sais bien que les fans des One-Direction -qui ont en moyenne entre 8 et 14 ans, et en moyenne entre 1 et 4 synapses fonctionnelles, dont la moitié est réquisitionnée pour gérer le bombardement hormonal dont ils sont victimes- ne sont pas précisément le coeur de cible de France Inter.

D’ailleurs à la question « Que pensez-vous du Jeu des mille euros, les ados répondent majoritairement « qu’est-ce que tu veux que ça me foute ?»

Mais pour autant je crois qu'il ne faut pas leur tourner le dos, et moi je veux dire à ces petits être ingrats et brisés, aux corps trop encombrants, et au hors-forfait trop ruineux, que je partage leur peine, moi aussi j’ai été fan, alors pas des One-D mais je sais ce que c’est que cet amour déraisonnable, viscéral et ahurissant que l’on peut avoir pour des gens que l’on ne connaît même pas et qui, à l’âge où l’on n’intéresse personne, sinon les laboratoires dermatologiques, semblent nous comprendre et nous aimer mieux que quiconque.

Dans mon entourage, dans mon monde, le monde des gens qui écoutent du gluten et qui sont allergiques à France Inter, je ne sais pas pourquoi, c'est pas très bien vu d'être fan, c'est un peu puéril, avoir des idoles ça ne se fait pas, sauf si elles sont mortes depuis plusieurs siècles. Dans un dîner si vous dîtes « je suis fan de Rachmaninov », ça passe bien . Ou « Katherine Hepburn, mais c’est mon idôôôôle », oui, vous aurez même le droit de saucer votre assiette, mais si vous dîtes « je suis fan de Francis Cabrel » ou «Pierre Palmade est mon idole », je dis pas qu’on vous fout dehors dans la seconde, mais on vous fera peut-être sauter le fromage.

Pourtant moi je revendique d'être fan, et d’en pleurer parfois, être fan m'a construit, m'a aidé parfois à tolérer la méchanceté de la vie. Et aujourd’hui encore, être fan d’Anne Sylvestre, de Jean-Pierre Bacri ou de Muriel Robin me donne de l’espoir et de l’énergie . Je ne crains pas d'avoir des posters à la maison, des photos sur mon téléphone, et je pourrais encore faire la queue une heure ou deux sous la pluie, en plein Décembre dans l'espoir d’une signature ou du moins d’un sourire.

Alors chers ados dévastés, qui répandez vos larmes sur les réseaux sociaux jusqu’à en faire déborder les ondes wifi, vous laissez pas moquer, soyez triste, soyez inconsolables, et puis consolez-vous. Dites-vous, comme Chimène dans l’Acte3, scène 3, puisqu’on peut être fan de Pierre Palmade et de Corneille à la fois : « Pleurez, pleurez mes yeux, et fondez-vous en eau! La moitié de ma vie a mis l’autre au tombeau »

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