Hier j’ai fait l’aller-retour à Bruxelles dans la journée. Je sais, j’ai pas l’air comme ça, mais je suis le genre de type un peu foufou qui fait des allers-retours à Bruxelles dans la journée.

Alors, j’aimerais pouvoir vous dire que c’était pour y rejoindre une meute affamée de maîtresses et d’amants venus de toute l’Europe de l’Est, mais non, je suis relativement peu strauss-kahnien comme garçon .

J’aimerais pouvoir vous dire que c’était pour donner ma précieuse analyse sur la situation de la Grèce devant le Parlement européen, mais non plus, le Parlement semble visiblement très bien se passer de mes services, tant pis pour lui. C’était pas non plus pour boire un thé fumé avec Yolande Moreau en disant des bêtises, non non, je ne vous dirai pas pourquoi c’était, je préfère m’auréoler de mystère, c’est plus sexy.

Mais au retour, tandis que je profitais du calme religieux du Thalys, à peine troublé par les petits gémissements coquins d’un Belge assoupi qui rêvait probablement des seins généreux de Charline Vanhoenacker ou des fesses fermes et merveilleusement rondes d’Alex Vizorek, tandis que je profitais de ce calme aussi plat que le pays visité, calme que je mettais à profit pour re-re-relire Critique de la raison dialectique de Jean-Paul Sartre, en le comparant avec un album de Tom-Tom et Nana, intitulé La salsa des Saucisses , une étude comparative qui montre assez bien qu’elle ne montre rien…

Je fus soudain frappé par cette révélation lumineuse, quoique ferroviaire : « Ça sert à rien l’amour ! À rien de rien, qu’est-ce que c’est que ça, c’est une invention à la mords-moi l'nœud ! » C’est vrai Éric : à quoi ça sert l’amour ?

« A nous donner de la joie », répondait Piaf à cette question. Faux ! Ce qui donne de la joie, c’est le Cognac ! Pis t’es gentille Édith, mais avec des réponses aussi cucul la praloche, faut pas t’étonner si t’as jamais gagné l’Eurovision.

A quoi ça sert, bon sang, ça nous prend tous la tête, ça nous tord le ventre, ça fait peur, ça nous rend tous à moitié débilos, ça serait pas un peu tout pourri franchement ? Ou en tout cas, accordez-moi le fait que c’est un brin obsolète ? Je veux dire, on est en 2015, y a l’ADSL, y’a l’iPhone 6, les Google Glass, y’a des cuits vapeur hyper performants, y’a même Uber Pop, on a tout ce qu’il nous faut, qu’est-ce qu’on va se faire suer avec un truc qui nous fait perdre le sens de l’orientation, le sens des priorités et le sens commun ? On pourrait peut-être abroger l’amour une bonne fois pour toute, non ? Pourquoi aucun de nos grands présidents n’a encore pris la parole à 20 h sur toutes les chaînes de télé pour annoncer en une brève allocution bien sentie : «Moi, président, j’ai décidé de dissoudre le sentiment amoureux ».

En plus ça a toujours l’air mieux chez les autres l’amour, ça énerve. T’as eu quoi toi pour la Saint-Valentin ? Un week-end à Berlin, classe ! Moi ? Un Tupperware. Et une cystite.

Bon, je fais peut-être un peu de mauvais esprit. Faut dire que, ma Saint-Valentin, je l’ai passée à Cournon-d’Auvergne en tête à tête avec une tranche de jambon de pays….

Mais de toutes façons, moi j’y crois pas à l’amour, moi je crois –comme le poète, qu’il n’y pas d’amour heureux, que les histoires d’amour finissent toutes dans le sang et les larmes, qu’après le beau temps, la pluie et que de toute façon, une hirondelle ne fait bien que ce qu’elle veut.

Voilà, c’est ça que j’étais en train d’écrire dans le train hier après-midi en revenant de Bruxelles, je crachais ma désillusion à la face de mon Macintosch, quand nous finîmes par entrer en gare de Paris-Nord.

Et là, sur le quai, pas d’obus de la Seconde guerre mondiale (ça, c’était gare de l’Est), pas encore, non, mais quelque chose qui fait encore plus de bruit s’il explose : un gros cœur d’amoureux, qui attendait son Belge sur le quai… J’en ai pleuré, sans relâche… et j’ ai changé d’avis. A quoi ça sert l’amour ? Elle a raison Édith : « à nous donner de la joie, avec des larmes aux yeux, c’est triste et merveilleux ! »

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