Le dessin de Jonaten du 01-12
Le dessin de Jonaten du 01-12 © Jonaten

Une fois n'est pas coutume, profitez-en ça n'arrivera pas souvent, c’est d’un article à paraître dans l’hebdomadaire Gala dont je vous parle ce matin. Si, si, le Gala que vous connaissez. Saisissante Une de ce magazine, cette semaine. Elle ne montre pas Dominique Strauss-Kahn –ça faisait longtemps-, mais Letizia Ortiz, femme du prince d’Espagne, belle-fille du Roi Juan Carlos, bras décharnés, formes inexistantes, os saillants, visage maigre. Voisine, une autre photo, toute aussi douloureuse : celle de Demi Moore, l’actrice américaine, les bras tout aussi maigres, mais plus musclés, une taille de guêpe famélique. Le magazine consacre quatre pages à ces stars et personnalités mondiales de plus de quarante ans, présentant ce même aspect anorexique que des adolescentes en plein tourment, basculant dans cette maladie mentale. Une maladie que l’on soigne, mais dont on ne guérit jamais. S’agit-il d’anorexie ou de maigreur extrême ? Seuls les intéressées et leurs proches pourraient le dire. Au nom de quel impératif ne se nourrissent-elles que de graines, de pois ou de boissons protéinées ? La peur de vieillir ? La dictature des apparences ? La sensation de toute-puissance sur son corps ? L’injonction de minceur abusivement érigée en synonyme de l’époque de bonne santé et de contrôle ? Lequel de ces paramètres compte le plus dans la tête d’Angelina Jolie quand elle voit avec effarement sa ration quotidienne de nourriture dépasser les six cents calories, limite que l’actrice s’est infligée et qui lui vaudrait aujourd’hui de peser, toujours d’après Gala , quarante-deux kilos pour un mètre soixante-treize, soit presque vingt kilos que recommandé. Sans doute un peu de tous ces facteurs à ajouter, selon des psychiatres, à des souffrances anciennes, une mésestime de soi, une exposition précoce à la violence des adultes. A lire que Sarah Jessica Parker marche régulièrement jusqu’à épuisement et à voir sa silhouette famélique, on pense même à une pulsion de mort, comme un suicide à tout petit feu. Reste que ces femmes photographiées, filmées et vues dans le monde entier font figure de modèles, comme les centaines de mannequins, célèbres ou pas, brindilles prêt de rompre le long des podiums, désincarnations figées sur papier glacé, de semaines en semaines. La répercussion sur le psychisme d’adolescentes fragiles ? Directe. Et pas besoin de parcourir, sur Internet, les forums dédiés à l’anorexie, foisonnant de témoignages douloureux de jeunes filles ou jeunes femmes, pour s’en convaincre. Il suffit de lire ces témoignages de pédiatres ou, tout autour de soi, d’écouter des mamans parlant de leurs fillettes de dix ou douze ans, réclamant la possibilité de se mettre au régime. Des cas rares ? Pas tant que ça. Minoritaires encore ? Oui, et tant mieux. Maigrir et sourire, se façonner un visage parfait, des dents parfaites, une poitrine parfaite, la sommation de beauté standardisée n’attend pas le nombre des années ; un nouveau mode d’aliénation des femmes. Or, le propre de l’aliénation, c’est l’inconscience de l’individu de son état d’aliéné.

© Audrey Pulvar

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Extrait musical diffusé :

« Où sont les femmes ? » de Patrick Juvet

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