Le dessin de Jonaten du 01-02
Le dessin de Jonaten du 01-02 © Jonaten / Jonaten

Passionnant et long dossier de nos confrères de Rue 89 dans leur magazine papier, pour le mois de février. Libérez-vous de la malbouffe, nous intime le journal et c’est vrai qu’au sortir d’une enquête sur les conséquences pour notre santé et pour l’environnement de l’élevage intensif de saumon, vous regarderez différemment vos tranches de poisson orange sous plastique. Même mise en perspective intéressante des efforts déployés par les syndicats de restaurateurs, pour empêcher qu’une nouvelle loi leur impose plus de transparence à l’égard de leurs clients, ou de l’inefficacité probable de la taxe sur les boissons gazeuses sucrées pour lutter contre l’obésité. Quelque chose me dit que vous rirez jaune en lisant la petite enquête très ironique menée sur les livraisons de plats cuisinés aux bistrots, restaurants et cafés de toutes sortes. Les boulangeries et les traiteurs sont concernés aussi. A la carte et sur votre table, un carpaccio de thon albacore… Vous vous dites, un carpaccio dethon, c’est un truc frais, fait à la demande. Bah ! Et les rosaces montées sur feuille plastique prêtes pour une dépose directe et rapide dans l’assiette, comme le propose l’un des principaux fournisseurs de plats cuisinés aux professionnels de la restauration ?

Et vos frites « maison », sur la carte en tous cas, vous pensez qu’elles viennent d’être découpées ? C’est compter sans les frites industrielles « irrégulièrement découpées pour reproduire l’aspect maison ». On vous passe le gratin d’asperge et de carottes qu’il suffit de démouler et de réchauffer 20 minutes à 160° ou 5 à 6 minutes au micro-ondes… Tout ça pour quoi ? Plus de marge, moins de temps consacré à chaque client, moins de personnel, moins de contraintes de stocks. Même un osso bucco peut vous être préparé en quelques minutes. Et le pigeon au sang, c’est qui ? Ben le client, voyons ! C’est dans les desserts que l’ingéniosité des industriels de l’agro-alimentaire semble la plus affutée. Presque plus un seul restaurant en ville qui ne propose une crème brûlée ou un fondant au chocolat en dessert. Lequel fondant industriel est garanti toujours coulant au cœur, même « en cas de sur-cuisson ». Et que dire du cheesecake qui se conserve deux ans dans les cuisines de votre brasserie préférée ? Ou du test infaillible proposé par le restaurateur Xavier Denamur, parti en croisade contre la malbouffe, pour détecter si un confit de canard est bien fait-maison ou sorti d’une boîte de conserve ? Evidemment, il reste des restaurateurs honnêtes, et pas forcément les plus chers, pour servir une cuisine de leur confection, en rapport avec les saisons et les arrivages, mais comment les détecter ? Dans un pays dont la gastronomie est motif de fierté nationale et qui voit sa pratique du repas convivial élevée au rang de chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, serait-on en train de s’endormir sur ses lauriers ? Pour un peu plus de profit, un peu plus vite ? Allons, allons, ne faisons pas de mauvais esprit…

© Audrey Pulvar

__

Extrait du film "Le grand restaurant"(1966)

Un film réalisé par Jacques Besnard

avec Louis de Funès

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.