Trop de sexe dans les médias tuerait-il l’amour dans nos vies ? C’est un peu la question que pose le magazine Causette , dans son numéro du mois de mars avec une longue enquête sur le sexe et son traitement par la presse, la radio, la télévision, mais aussi l’affichage.

Un grand « y’en a marre », « ras la casquette », «lâchez nous la grappe », étalé sur 10 pages, dans lesquelles le mensuel nous invite à nous indigner contre l’image de nous-mêmes qui nous est projetée et imposée à la fois. Le problème, nous dit Causette , n’est pas qu’on parle de sexe, mais qu’on en parle mal. Et en effet, si la compilation de coupures de presse qui nous est soumise fait d’abord sourire, son accumulation laisse songeur. Injonctions diverses, soi-disant modernité, incursion malvenue, la sexualité devient un produit de consommation de masse. On veut tous le même, celui que nous vend la presse comme le plus à la mode, tendance… Le sexe au moins trois fois par semaines, au moins, la sexualité forcément épanouie, la psyché libérée, le sexe comme remède anti-déprime, bon pour le cœur, la ligne et la stabilité dans un couple. Le sexe technique, tristement technique, « mercantilement » technique. Réduit à la satisfaction de besoins basiques. Et l’amour dans tout ça ? Et le hasard ? Et la complexité des sentiments, du rapport à soi, son propre corps, ses propres limites, du rapport à l’autre, de la mystérieuse alchimie qui donne sens à un couple ? Bref, et la vie ?

On frémit en lisant les propos de Gisèle Gorge, pédopsychiatre, qui confirme une tendance déjà pointée par d’autres professionnels : la fragilité extrême des 12- 15 ans, leur perte totale de repères en matière de sexualité, leur confrontation précoce à la pornographie. « Leurs pratiques sexuelles ont changé », nous dit-elle. « L’âge des premiers baisers et devenu celui des premières fellations. Les jeunes pensent que cette pratique est normale, que c’est un signe d’amour, comme l’était le flirt. Ils s’envoient des sexto [contenant] des propos sexuels ou des images de leur corps nu que nous qualifierions de pornographiques, mais qu’ils considèrent comme l’expression d’une relation d’amour. Les jeunes filles pensent que le sexe à plusieurs, c’est normal et que si leur petit ami les « prête » à ses copains, là encore c’est normal ».

Entre 12 et 15 ans ? Entre 12 et 15 ans… Plus tard, au lycée, les choses se rééquilibrent, ils redeviennent fleur bleue. Ah bon ? Ca fait peur quand même, non ?

On se souvient comment Les Guignols de Canal+ prêtaient cette formule à Etienne Mougeotte, alors directeur des programmes TF1 et c’est aussi un aspect de cette enquête de Causette : comment, contournant les interdictions et les règles de protection de la jeunesse de la pornographie, les chaînes, à travers des documentaires racoleurs, des émissions de téléréalité douteuse, ou des clips regorgeant de seins et de fesses offertes nous matraquent d’images sexuelles.

Il ne s’agit pas évidement ici, ni dans les colonnes de Causette , de verser dans la pudibonderie, mais un peu de tendresse, bordel, un peu de mystère, d’attente de retenue… comme une façon de rendre au mot désir toute sa poésie.

© Audrey Pulvar

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