Imaginez la Une du Figaro barrée du titre :et si la gauche avait raison ? , suivie d’une grande tribune, signée de l’un des plus emblématiques éditorialistes du journal, connu pour son conservatisme forcené.

C’est à peu près ce qui s’est produit quand Charles Moore, journaliste britannique, conservateur revendiqué, rédacteur en chef du Spectator et duDaily Telegraph, a publié fin juillet un texte intitulé « I'm starting to think that the Left might actually be right __ ». Mis en ligne sur le site du Telegraph , il a généré près de 2 000 commentaires, mais surtout provoqué un débat au sein de la presse conservatrice, y compris en Allemagne.

Pas de panique ! Charles Moore, s’il donne raison à la gauche, n’en est tout de même pas à prendre sa carte au parti travailliste britannique. Bien au contraire, il commence par une succession de clichés : ainsi dans les années 70 et 80, c’étaient les syndicats qui empêchaient aux populations d’évoluer. «Ils protégeaient des emplois de mauvaises qualité (…) et la forme la plus visible de l’oppression des travailleurs était alors les piquets de grève ». Heureusement, Thatcher a tenu bon et réussi à mater ces syndicats arriérés. Pléonasme.

Mais au bout de trente ans de journalisme, Charles Moore se prend à douter. Et si la gauche avait raison quand elle dénonce le système libéral mondial comme un coup monté ? Les yeux décillés, Charles Moore passe au crible un système permettant, « aux riches d’accumuler du capital et de payer le travail le moins cher possible . Système dont une toute petite minorité profite ».

Le temps de cerveau disponible cher à Patrick Le Lay nous revient en mémoire, quand Charles Moore décrit le groupe Murdoch comme une force antisociale, abaissant la capacité de ses lecteurs et téléspectateurs à exercer leur sens critique et tenant sous sa coupe les principaux responsables politiques, toutes tendances confondues.

Charles Moore s’indigne également de l’utilisation massive du crédit pour financer la consommation de populations, dont le pouvoir d’achat lié aux revenus du travail ne cesse de s’amoindrir. Il fustige l’irresponsabilité des banques, qui n’ont jamais à payer l’addition de leurs erreurs. Et à propos de la crise de la zone euro, last but not least , Moore la trouve tellement révélatrice de la mainmise des banques sur les Etats et donc sur les peuples, qu’un propagandiste gauchiste n’aurait pu imaginer mieux, selon lui.

Conclusion du conservateur atterré ? On est morts, littéralement et moralement. Et pourquoi morts à votre avis ? Ben parce la gauche est bien trop bête pour mettre en déroute le conservatisme ! On ne se refait pas.

© Audrey Pulvar

Article de Charles Moore à consulter au lien suivant :

http://www.telegraph.co.uk/news/politics/8655106/Im-starting-to-think-that-the-Left-might-actually-be-right.html

et dans le dernier numéro deCourrier International

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