Le dessin de Jonaten du 02-02 2
Le dessin de Jonaten du 02-02 2 © Jonaten / Jonaten

Ce sont les instructions et peut-être les procès menés dans cette affaire qui diront les responsabilités de chacun. Mais ce qui frappe d’ores et déjà dans cette affaire des prothèses mammaires PIP, c’est le silence. Pas une omerta, non. Plutôt des vides, des bulles… Regarder les premiers résultats de l’enquête menée par le directeur général de la santé et le patron de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des produits de santé, c’est voir ces vides entre les différents maillons d’un système d’Etat censé protéger le citoyen, la bulle dans laquelle se met à l’abri chaque maillon. La création de l’entreprise PIP date de 1991 et dès 1996, des signalements de ruptures de prothèses remontent jusqu’aux autorités sanitaires. Des fax et courriers anonymes font, en outre, état de pratiques contraires aux normes dans la société PIP. Au point que la direction des hôpitaux suspendra pendant dix jours la commercialisation de ces fameuses prothèses. Jean-Claude Mas, le patron, réussira à rassurer tout le monde. 2000, quatre mois de suspension, cette fois décidée par l’Afssaps, Jean-Claude Mas s’en sort encore. PIP vend des prothèses à l’étranger. Ailleurs aussi, elles se déchirent et inquiètent. En 2000, la fameuse Food and Drug Administration américaine parle de manquements à la réglementation. 2001 : en France, des contrôles montrent que les prothèses sont non-conformes et ne garantissent pas la santé publique. Aucun lien n’est fait avec ce qui s’est passé aux Etats-Unis. 2006 : en Angleterre, PIP est condamné et doit indemniser des clientes, victimes d’inflammations. Mais Paris ne réagit pas… Recouper les informations ? A quoi bon ? Chacun est-il resté dans son petit bureau à suivre mollement la situation sans en saisir la gravité, ou s’agit-il d’un manque de moyens et d’effectifs ? Silence, on empoisonne en rond. Des chirurgiens voient revenir des femmes dans leur cabinet mais, inconscience, peur du scandale ou négligence (?), peu d’entre eux signalent les incidents. Il faudra attendre une énième dénonciation et un contrôle sur site, en 2010, pour que le scandale commence à se révéler dans toute sa laideur. Entre temps, de 1991 à 2010, combien de femmes dont la santé a été mise en danger, combien de cancers ou de décès liés à ces prothèses remplies d’on-ne-sait-quoi ? Sang contaminé, hormone de croissance, Médiator, PIP…

Parfois on croirait voir des copiés-collés dans les rapports d’enquête sur les dysfonctionnements de la puissance publique. Les années passent, les scandales lassent, les souvenirs s’estompent, des victimes meurent, en silence.

© Audrey Pulvar

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