Le dessin de Jonaten du 02-01
Le dessin de Jonaten du 02-01 © Jonaten / Jonaten

Encore un savoureux télescopage dans les pages de vos quotidiens aujourd’hui, saveur oui, mais douce-amère, parce qu’on sourit, mais pas longtemps. Page 22 de Libération , quelques-uns des slogans les plus drôles, les plus graves ou impertinents de 40 années de féminisme en France. On pioche au hasard : « femmes boniches, femmes potiches, femmes affiches… On en a plein les miches ! », « La misogynie est un plat qui se mange froid à la buvette de l’Assemblée Nationale », « Femmes et chiens, même combat : ne plus être sifflées dans la rue ! », et bien sûr, le toujours d’actualité : « Oui Papa, oui Chéri, oui Patron : y’en a marre !».

Page 28 du même quotidien, un long reportage réalisé en Israël. La journaliste Annette Lévy-William a rencontré Yocheved Horowitz. Elle est cette femme qui a dit non, qui a refusé de changer de place, dans un bus : « Je suis montée, je ne savais pas que c’était un bus « casher ». J’aime les sièges isolés. Je me suis assise derrière le conducteur. Deux hommes ont commencé à m’insulter, des femmes sont venues me dire de me mettre à l’arrière. Je n’ai pas bougé mais je tremblais. C’est normal, pour nous, que les hommes et les femmes ne soient pas assis côte à côte. Mais pourquoi les hommes ont-ils décidé que l’avant leur était réservé et que les femmes devaient être à l’arrière ? ».

Vous avez sans doute entendu parler, malgré les fêtes de fin d’année, de ce nouvel « incident », « fait divers », dû aux ultra-orthodoxes juifs, qui régulièrement, en Israël, font quelques lignes dans les journaux. Leurs papillotes, robes noires et coiffes imposantes font les délices des reporters en quête d’images facile et leur mode de vie passerait presque pour du folklore, si leur emprise n’était si forte sur une société israélienne au sein de laquelle ils restent minoritaires, mais présents partout, y compris dans les médias, l’armée ou le gouvernement. Il est donc considéré comme normal, dans une démocratie, que les femmes ne puissent s’asseoir à côté d’un homme, sur certaines lignes de bus, qu’elles se voient réserver l’arrière du véhicule, que des piscines ou des plages ne soient plus mixtes, que les femmes ne figurent plus sur des affiches publicitaires, comme à Jérusalem. Il faut un ordre du gouvernement et l’action de la police, pour qu’une mairie ne décide plus sur quel trottoir les femmes ont le droit de marcher. Ce qui frappe, pourtant, ce n’est même plus la lecture ahurissante de cet inventaire d’un apartheid installé et reconnu, mais la personnalité de celle qui a remis la lumière sur ces pratiques. Yocheved Horowitz, évidemment comparée à Rosa Parks, n’est pas l’Israélienne féministe que l’on pourrait imaginer. Elle n’a pas pensé commettre un acte politique en refusant de changer de place dans un bus. Au contraire, elle trouve normal, on le disait tout à l’heure, qu’hommes et femmes ne se côtoient pas publiquement. Fille et petite-fille de rabbin, Yocheved cache ses cheveux sous une perruque, mariée à un homme très orthodoxe, elle-même est très religieuse. Yosheved s’étonnerait presque de la tempête levée par son acte, et se surprend elle-même à continuer le combat. Quoiqu’à bien y songer… Elle se souvient d’avoir déjà été d’avoir enfreint les règles d’une société bloquée, en divorçant d’un premier mari violent et imposé par sa famille. Sous le verrou religieux, la révolte.

© Audrey Pulvar



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