Confondre la bourse avec une cache à lot
Confondre la bourse avec une cache à lot © Jonaten / Jonaten

C’est comme ça, un truc ponctuel. De temps en temps, vous ouvrez votre journal, le matin, et un article est là pour vous rappeler que la crise financière devenue crise économique n’a pas eu le même goût pour tout le monde. Un jour ce sont les distributions de monumentaux bonus qui nous remettent les idées en place, un autre le nombre d’expulsions liées aux subprimes auxquels des millions de particuliers ne peuvent plus faire face. Ce matin c’est Libération qui revient sur les révélations du Wall Street Journal datant de début avril et mettant en cause un trader français, le très discret Bruno Iksil, surnommé la « baleine de Londres ». Vous savez, les baleines, ces gros parieurs au Casino, qui s’adonnent au quitte ou double, flirtent allègrement avec la banqueroute. Iksil travaille au bureau des investissements de la très respectée JP MORGAN, la grande banque donneuse de leçons universelles. Il est soupçonné d’avoir, à lui seul, la possibilité de déstabiliser le monstrueux marché des CDS, les Crédits Défauts Swaps, cette forme d’assurance des banques entre-elles, contre le défaut de paiement, assurance virtuelle contre un défaut probable, ultra profitable pour celui qui assure, tant que le risque ne s’est pas réalisé. Or, ce système justement, démultiplie le risque, en déresponsabilisant chaque acteur de la chaîne spéculative et en amplifiant les phénomènes de « bulles ». Ces fameux CDS, considérés comme en grande partie responsables de la folie des subprimes et de la crise mondiale déclenchée en 2008. Beaucoup ont promis de les réguler. C’était même un engagement du G20 de… Londres, en 2009. Et c’est à Londres, à la City, que la spéculation sur ces CDS va bon train. Iksil, donc, aurait injecté, à lui seul, 100 milliards de dollars sur ce marché, en engageant peut-être des capitaux de la banque elle-même, ses fonds propres… Laquelle, JP MORGAN, mobiliserait au total 350 milliards de dollars par an sur ce marché. De l’avis de nombreux spécialistes, interrogés par la presse économique américaine, anglaise et française, ce nouveau coup de poker, s’il s’est révélé pour le moment très profitable, expose gravement la banque, en cas de retournement du marché. Faut-il rappeler que JP MORGAN, avec ses 2300 milliards de dollars d'actifs, dont près de 1000 milliards de crédits bancaires ou obligataires aux entreprises, est l’un des plus gros établissements financiers au monde ? Si JP MORGAN tousse, c’est toute la planète finance qui devient fébrile ! On repense au très bon livre signé Christian Chavagneux intitulé « Une brève histoire des crises financières », aux éditions La Découverte, dans lequel notre confrère d’Alternatives Economiques décrit l’éternelle dérive des marchés financiers et leurs conséquences sur nos vies, depuis le XVIIème siècle. Ca continue, encore et encore.

© Audrey Pulvar

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