Coq portugais
Coq portugais © Mlle Bé /

On parlait il y a deux jours, ici-même, des conséquences concrètes, visibles, de la paupérisation du peuple grec et de l’apparition de la faim, dans certains quartiers d'Athènes. Un mot encore tabou, que l’on prononce du bout des lèvres. Parce que quand même, il ne faudrait pas exagérer, on est encore dans l’Union européenne ! La région la plus riche et la plus développée du monde. Et pourtant, c’est bien en Europe, dans l’Union européenne et même dans la zone euro, que la faim montre depuis plusieurs mois son visage, en plein jour. Un Portugais sur cinq vit sous le seuil de pauvreté selon les critères de son pays.

Le Portugal, son salaire minimum fixé à 485 euros par mois et son marché du travail en pleine désagrégation. Plus de 18% de taux de pauvreté et 12.5% de taux de chômage et plus de la moitié des chômeurs n’ayant absolument aucune ressource financière. Des chiffres déjà terrifiants, derrière lesquels on découvre une réalité catastrophique. Ainsi de ces centaines de milliers de personnes, environ 10% des actifs, qui travaillent sous le régime des « reçus verts », théoriquement réservés aux professions libérales, mais pour beaucoup, adopter le statut de travailleur indépendant est une obligation. Dans des dizaines de secteurs, dont les travailleurs devraient être salariés en bonne et due forme. Les détenteurs de reçus verts sont des « prestataires de services » et à ce titre, peuvent être licenciés du jour au lendemain sans préavis ni indemnité, sans droit au chômage. Ils ne bénéficient pas de congés payés, ne sont pris pas en charge par les caisses d’assurance maladie qu’au-delà d’un délai de carence de… 31 jours ! Ni primes, ni ancienneté, ni cotisations patronales : ce sont les précaires parmi les précaires. Le dispositif avait été créé par le socialiste Mario Soarés, en 1978, pour assouplir le marché du travail. 33 ans après, il entérine l’équation travailleur=variable d’ajustement et donne lieu à toutes les dérives possibles, comme nous l’explique un journaliste de Libération ce matin. Et la faim ? La faim, c’est celle qui faisait s’évanouir en classe des élèves d’un lycée de la ville de Cacèm, qui compte 20 000 habitants. Pas un quartier particulièrement défavorisé, juste les dommages de la crise et de plans d’austérité à répétition, coupant à chaque fois un peu plus dans les dépenses de solidarité. « Un jour, dit le proviseur de l’établissement, les professeurs ont compris que les élèves avaient faim. On s’est alors transformés en ONG ». Le lycée prend des allures de Restau du Cœur : un tiers de ses élèves mangent gratuitrement ou pour moins d’un euro à la cantine, parce que c'est mieux que chez eux, où ils avaient le ventre vide. Parfois, les parents bénéficient aussi de cette aide. Une trentaine de familles, nombre limité par les faibles ressources de l’établissement, qui tous les soirs viennent chercher des vivres dans la cour. Dans toutes les villes du pays, on ne compte plus les soupes populaires, les banques alimentaires dont les stocks ne suffisent pas, la hausse de la mendicité. Pour exemple, à Lisbonne, la capitale, 40% des enfants seraient pauvres.

© Audrey Pulvar



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