C’était à lire dans Le Monde, publié ce lundi. Un long article sur le Lean management, comprenez l’encadrement sans gras . Une pratique qui existe en France depuis une trentaine d’années, mais qui, jusqu’ici, concernait essentiellement l’industrie automobile. Elle fait maintenant florès dans le commerce, les banques, les sociétés d’informatiques et même les hôpitaux ou les services de pôle emploi. Pas de gras donc : des hommes et des femmes réduits à effectuer leur tâche, le plus souvent répétitive et seulement leur tâche. Temps d’enfilage de la tenue de travail, compté. Pause-déjeuner, comptée. Pause pipi, comptée. A la minute. Objectif, éliminer au maximum le temps gaspillé, pour que le salarié se consacre le plus possible à ce pour quoi il est payé, qu’il « optimise » son temps de travail. Pas de gras , c’est aussi, dans les usines, de moins en moins de postes assis. On reste debout, des heures, à répéter le même geste, à bien ranger les outils toujours au même endroit.

Conséquences sur la santé ? Dans une entreprise de Gournay-en-Bray, un quart des effectifs souffre de troubles musculo-squelettiques. A Sochaux, chez PSA, un délégué syndical affirme que depuis la mise en place de cette chasse aux minutes mal employées, le nombre de maladies professionnelles a augmenté, là aussi, de 25% et qu’il s’agit essentiellement, là encore, de troubles musculo-squelettiques. Des ateliers aux bureaux, le lean fait ses effets. Ainsi, des groupes de cadres sont « atomisés », tendance chacun pour soi. Juré, promis, clament les directions d’entreprises, le lean n’est jamais arbitrairement installé. On imagine pourtant bien téméraire celui qui oserait s’y opposer. Très souvent, dit un expert auprès des comités d’entreprises, quand le lean fait son apparition, des objectifs de gains de productivité et de suppressions de postes sont déjà fixés. En 1936, Charlie Chaplin se mettait en scène en ouvrier serrant sans cesse des boulons dans une usine où, déjà, on pratiquait le lean (dans Les Temps Modernes). Inoubliable scène que celle où il doit tester un robot, censé le faire déjeuner alors qu’il continue de travailler, histoire qu’il n’y ait plus de pause-déjeuner. Presqu’un siècle plus tard, qu’est-ce qui a vraiment changé ?

© Audrey Pulvar

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