Le dessin de Jonaten du 03-01
Le dessin de Jonaten du 03-01 © Jonaten / Jonaten

Froid dans le dos, sinistre écho. Comme un cauchemar recommencé. « Nous craignons pour leur condition. Ils sont privés d'eau, d'abri et de vivres. Ils se cachent dans la brousse. Je pense qu'ils sont entre 20.000 et 50.000. Cela reste une estimation » … C’est une responsable de l’ONU au Soudan du Sud qui parle. Elle évoque des violences tribales, dans ce tout nouveau pays : il a été officiellement reconnu membre de l’ONU et indépendant le 9 juillet dernier et ce, en application d’un accord de Paix datant de 2005, signé avec Khartoum et censé mettre fin à des dizaines années de guerre civile entre un Nord en grande partie musulman et un Sud majoritairement chrétien animiste. 2 millions de morts, au moins. D’une guerre civile, l’autre. C’est maintenant au sein du nouvel état que se répandent des violences interethniques. Elles avaient déjà débouché sur 2500 morts au premier trimestre de l’année et n’ont fait qu’empirer depuis l’indépendance. Principal sujet de discorde : officiellement, la possession de troupeaux de bétail. Un conflit séculaire, jamais réglé. Ajoutez-y des enjeux pétroliers cruciaux, le Soudan du Sud disposant de l’essentiel des ressources en pétrole de la région mais dépendant toujours de Khartoum, au Soudan, pour l’exporter ; des conflits territoriaux encore intacts, notamment dans la région pétrolières d’Abyei ; des milices armées à foison, des représailles aux représailles de représailles ; la poursuite jusque sur le territoire du Soudan du Sud, par le Soudan, de groupes rebelles accusés de vouloir renverser le président Omar El-Béchir et, à l’inverse, les accusations de Juba, la capitale du Soudan du Sud, estimant que Khartoum arme d’autres rebelles pour la déstabiliser. Toutes les conditions semblent réunies pour que d’autres massacres aient lieu. Voire plus ? Il y a deux mois, deux camps de réfugiés soudanais au Soudan du Sud ont été bombardés par Khartoum, accuse l’ONU, qui réclame une enquête indépendante sur ces largages de bombes. Des civils fuyant les combats et se réfugiant dans la brousse comme hier des Tutsis fuyant dans les marais la mort des machettes ?

Froid dans le dos.

© Audrey Pulvar

Extrait d’un reportage sur leRwanda (diffusé dans le 19/20 de France Inter le 16/04/1994)

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