George Papandreou
George Papandreou © karpidis

Raide, grand, l’air soucieux, visage fermé, regard las, épaules voutées. Et seul. La photo choisie par Le Parisien pourrait paraître terrible, si ne sourdait de l’attitude accablée de l’homme qu’on y découvre comme une détermination à toutes épreuves. Une dureté dans le regard, encore plus manifeste sur le cliché choisi par Libération. Elle est aussi très visible sur les premières images du G20, à Cannes.__ George Papandréou a l’air de ceux qui n’entendent plus s’en laisser compter, la morgue de celui qui n’en peut plus de se voir marcher sur la figure. On divague, on sur-interprète ? Voir… Lire, et j’en reviens au Parisien qui, ce matin, préfère le portrait -plutôt bienveillant– au fil de l’épée, par lequel les médias en général et le couple « Merkozy » en particulier passent le Premier Ministre grec.

En Grèce la politique a toujours été l’affaire de trois grandes familles. A droite, les Karamanlis et les Mitsotakis. A gauche, les Papandréou. Fils d’ancien opposant à la dictature militaire, né aux Etats-Unis où sa famille était exilée, George Papandréou c’est l’homme qui, à la fin des années 80, écrivait une lettre ouverte à son propre père pour lui demander de quitter un pouvoir que celui-ci s’évertuait à conserver, tandis que le Pasok, grand parti de gauche qu’il avait fondé, commençait à sombrer, gangréné par les manœuvres d’appareil et les scandales.

Un parti dont héritait George Papandréou et qu’il s’engageait à rénover, à assainir, mais dont il n’a pas su chasser les vieux crabes. Ceux-là mêmes qui entravent son action à la tête du pays. Elu sur des promesses de changement, des questions de société concernant les drogues « douces », l’homosexualité, le social ou les minorités, Papandréou, écrit encore dans Le Parisien Angélique Kourounis, c’est l’homme de l’inachevé. Celui qui ne va pas au bout de ses réformes. Volontaire, mais pas courageux. Tient-il, avec ce magistral coup de poker d’un appel au peuple grec, l’occasion d’enfin affirmer son autorité ? Le Premier Ministre a au moins réussi hier, à convaincre son gouvernement que le référendum était une bonne carte à abattre. Demain, c’est le Parlement grec qui se prononcera sur le plan de sortie de crise décidé avec Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Et si ce référendum surprise était une monnaie d’échange pour obtenir l’approbation par un parlement circonspect voire hostile, de cet énième « plan de sauvetage » de la Grèce ? Tu votes mon plan et je formule une question à laquelle la seule réponse possible sera « oui ». Un coup de billard à trois bandes ? L’intransigeance de Paris et Berlin, qui lui mettent un pistolet sur la tête, rend-elle le meilleur service à la Grèce ?

© Audrey Pulvar

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