Tripoli
Tripoli © Radio France

Question du jour : quelle image laissera l’OTAN aux civils libyens et d’ailleurs, quand la coalition « otanienne » quittera-t-elle le ciel de Lybie ? Jour après jour, les comptes-rendus des quelques journalistes présents sur place font état d’une situation de plus en plus dangereuse, pour les civils. Non seulement Mouammar Khadafi courre toujours, non seulement des milliers d’armes, notamment des missiles sol-air, ont disparu, sortis du pays et probablement récupérées par des organisations terroristes comme Al-Qaeda, non seulement la capitale, Tripoli, est gouvernée par l’un des ex-éminents représentant d’une organisation islamiste décrite comme « ultraradicale », ex-combattant en Afghanistan, remis en 2003 par la CIA au pouvoir lybien, mais les hommes de Kadhafi restent mobilisés, continuent de combattre, tandis que les soi-disant vainqueurs du dictateur se disputent, arme lourde à la main, le nouveau pouvoir. Tripoli hérissée de checkpoints, partagés entre barbus et autres opposants d’hier. Chacun ses quartiers, chacun ses bivouacs de luxe dans des hôtels dallés de marbre ou les lotissements « chic-issimes » avec vue sur la mer, dont ils ne se privent pas de profiter. Histoire de récupérer des semaines de combats qui les ont menés jusque-là. C’est sans doute au nom de ce repos bien mérité qu’ils s’amusent aussi, régulièrement, à tirer des rafales en l’air, à effrayer voire rançonner la population, ou à régler leurs différents à coups de kalachnikov.

Des incidents inquiétants ? Pas autant que les dissensions qui apparaissent entre dirigeants des différentes factions à propos de la composition du nouveau gouvernement. Hommes forts de Misrata et Benghazi ? Leur cause commune, faire chuter Kadhafi, étant réglée, voilà que resurgissent les vieilles haines.

Dans Le Figaro , c’est le martyr de la ville de Syrte, qui est évoquée. Ville natale de Kadhafi, on y trouve encore des résistants de l’ancien régime. L’un des fils du dictateur y a peut-être trouvé refuge. Alors depuis près de trois semaines, la ville est soumise à des bombardements de l’OTAN et à un siège des forces du CNT, aux conséquences catastrophiques pour la population, dont les deux tiers ont fuit sur les routes. Pas d’eau, pas de nourriture, pas de téléphone, aucune communication avec l’extérieur et des roquettes qui pleuvent comme Gravelotte. Le Comité International de la Croix Rouge parle d’une situation humanitaire « désespérée » et déplore le bombardement d’un hôpital. Il estime que les blessés ne peuvent plus être correctement pris en charge, que des gens meurent sur place, faute de nourriture, d’eau et de soins adaptés, le CICR s’inquiète de la recrudescence de cas de diarrhées et de déshydratation chez les enfants. Un homme, fuyant les combats accuse : l’OTAN tue des enfants là-bas ! Pour ceux qui restent, la vie, c’est la peur. Peur des bombes de l’OTAN, peur des mesures de représailles contre les habitants d’une ville considérés comme les plus choyées par Kadhafi.

Doit-on rappeler que le mandat dévolu par l’ONU à l’OTAN sur place consistait à « protéger les populations civiles des combats » ?

© Audrey Pulvar

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