Le dessin de Jonaten du 04-05
Le dessin de Jonaten du 04-05 © Jonaten / Jonaten

Déjà ? Déjà. 81 ans. L’âge, les ravages, ce chapeau noir – feutre mou ?-, ce favori grisonnant lui donneraient presque un air d’Yves Montand, n’était le regard aussi noir que le chapeau, qui vous larde jusqu’au cœur. Jean-Louis Trintignant nous regarde, page 100 du dernier numéro du Nouvel Observateur, avec l’air de nous interroger : et toi ? Es-tu bien sûr de ta vie ? Jean-Louis Trintignant s’est confié à son ami André Asséo, producteur radio. Un travail commencé en 2001, poursuivi l’an dernier et qui aujourd’hui devient un livre, intitulé Du Côté d’Uzès . Trintignant parle à un ami, presque 10 ans après la mort de sa fille Marie. Il dit sa douleur, à laquelle, à l’idée de laquelle, il s’est peut-être résolu, mais que l’on sent, pour ce qu’elle l’habite, toujours intacte.

« La mort de Marie fut la plus grande souffrance de ma vie. Il était impossible d’imaginer un jour sans entendre sa voix, sans voir son sourire. Rien au monde n’aurait pu m’atteindre davantage. Pendant deux mois, je suis resté prostré. Un mort-vivant, incapable du moindre mouvement. Deux mois pratiquement sans ouvrir la bouche, sans émettre le moindre jugement. La vie autour de moi passait sans que je m’en aperçoive. Au bout de ce long temps, j’ai décidé de vivre. De revivre. La poésie est venue à mon secours », dit-il. Et Trintignant de raconter son amour de la poésie. Prévert, alors qu’il entrait dans l’adolescence, Rimbaud, Baudelaire, Cendrars… 1500 poèmes, il en a 1500 nichés dans les méandres de sa mémoire, qu’il convoque à l’envie.

« Aujourd’hui encore le manque de Marie, la douleur causée par son absence sont tellement évidents qu’un supplément minime de souffrance pourrait me conduire à cet acte. » Quel acte ? Le comédien, un jour, avait affirmé que la haine en lui, pourrait l’amener à tuer l’assassin de sa fille, s’il venait à le rencontrer. Mais, s’empresse-t-il d’ajouter,« je me dois de penser aux quatre enfants dont ma fille s’occupait avec tant d’amour, et je me dis qu’ils méritent autre chose que de la haine. » Alors, la poésie.

« Je comprends que certains soient insensibles à la poésie, que ce langage ne soit pas assez direct », ajoute-t-il. « Je me permets de leur dire de ne pas chercher à lire les poètes, mais à les écouter. Je crois en effet qu’en écoutant on se rend mieux compte de la beauté des mots, de la musique qui s’en dégage grâce au rythme des phrases. En un mot, je ne pense pas que l’on puisse être imperméable à la beauté. »

© Audrey Pulvar

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