Moulinex
Moulinex © enric archivell

Dix ans après, presque jour pour jour. C’est à lire dans le quotidien Le Monde daté d’aujourd’hui. Même douleur, même incrédulité. 3800 salariés, essentiellement des salariées , sur le carreau. Elles ont passé 25 ans, voire 30 ans dans l’entreprise, elles ont porté de lourdes charges, répété sans cesse les mêmes gestes. Cassées, elles l’étaient déjà physiquement. Pour beaucoup, elles le sont psychologiquement, aujourd’hui.

Dix ans déjà. Un Lionel Jospin bientôt candidat à la présidentielle déclarant à des ouvriers médusés « mais, l’Etat ne peut pas tout ». Une mobilisation, des piquets de grève, des protestations, un plan de reclassement et de redynamisation de la région de plus de 110 millions d’euros, des cellules de reclassement en-veux-tu-en-voilà…Dix ans et la moitié des personnes qui avaient perdu leur travail à l’époque sont encore au chômage aujourd’hui, malgré tous les dispositifs mis en œuvre.

Que reste-t-il des « Moulinex » ? Des hommes et des femmes, souvent dépressifs, très solidaires, sont en congé longue maladie les uns ; les autres, le corps brisé d’avoir trop travaillé à la chaîne. Beaucoup n’ont « pas encore » trouvé leur nouvelle vocation, ou ont bénéficié d’une préretraite-amiante, permettant de toucher une maigre indemnité, en attendant la retraite.

Elle aussi attend la retraite : Danielle, qui s’est inscrite à l’ANPE après que le site de Bayeux avait fermé. Danielle a multiplié les stages et les petits boulots. Elle a par exemple été femme de ménage à mi-temps. Combien gagne-t-on, en France dans les années 2000 quand on est femme de ménage à mi-temps ? 500 euros par mois. Danielle est aujourd’hui en préretraite-amiante. Elle attend la retraite avec impatience, pour toucher enfin une rémunération en accord avec ce qu’a été sa vie. Probable, mais risqué quand on voit la célérité avec laquelle le gouvernement repousse toujours plus loin l’âge de départ à la retraite.

Côté autorités justement, un délégué interministériel à la revitalisation économique de la Normandie, ne comprends pas. Il dit avoir été déçu par l’attitude des ex-Moulinex, leur conservatisme, leur incapacité à bouger et à se remettre en cause.

Les salariés ont vu tomber le couperet : les usines fermaient et leur emploi s’en allait vers des contrées plus favorables aux employeurs, alors qu’ils avaient un savoir-faire, que leurs produits étaient bons et que les commandes allaient bon train. Comment comprendre, alors, qu’ils perdent leur travail et que leurs usines ferment, l’une après l’autre ? Comment se décider à refaire sa vie ailleurs et avec un autre métier ?

A quoi ont servi les dizaines de millions d’euros dévolus à leur reclassement ? C’est cela qu’ils aimeraient bien savoir.

© Audrey Pulvar

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