Le dessin de Jonaten du 05-01
Le dessin de Jonaten du 05-01 © Jonaten / Jonaten

« Le désir d’amour durable est ancré au plus profond de chacun de nous »… c’est un spécialiste du le conseil familial et conjugal qui le redit, au détour d’une phrase, dans le saisissant dossier consacré ce matin par le quotidien La Croix , au divorce. Avec la loi simplifiant le divorce par consentement mutuel en 2004, il est devenu presque simple comme un clic de souris de divorcer, quand on s’entend sur l’essentiel : la rupture et ses modalités.

Trois mois et demi en moyenne… Parfois beaucoup moins. C’est quand même autre chose que les 19 mois nécessaires quand seul le principe de la séparation est accepté, mais pas ses modalités et un peu plus de deux ans lors d’un divorce pour faute.

Tout va si vite aujourd’hui ! 3 petits mois… Voire : 15 jours seulement et moins de 500 euros déboursés (!), promettent des sites Internet qui vous pondent, en quelques minutes, une convention standard, de séparation. Et hop, emballez, c’est… séparés ! Sauf que… sauf qu’avocats et juges constatent que dans un cas sur deux, les désormais ex-conjoints reviennent devant la justice, quelques semaines, voire quelques années plus tard. Ils se rendent compte qu’ils n’ont pas mesuré la portée des concessions faites à la partie adverse, ou tout simplement, nous dit un psychiatre, que la vie d’après n’est pas si simple. Qu’on ne liquide pas d’un trait de plume des années de vie commune, qu’une décision de justice ne suffit pas à vider les querelles ou que « la recomposition familiale n’est pas aisée, contrairement à ce que des modèles véhiculés par les médias font croire » . Et justement, la recomposition : c’est le moment de toutes les crispations. L’essentiel des litiges post-divorces, nous dit l’enquête de La Croix , coïncident avec le moment où l’un des deux conjoints refait sa vie amoureuse. « Souvent, dit une juge aux Affaires familiales, son ancien partenaire saisit la justice afin de revoir les conditions de garde de l’enfant au motif qu’il ne s’entend pas avec son nouveau beau-parent. Quand on creuse un peu, on réalise qu’en fait il ne supporte pas que son ex-conjoint se remette en couple ». Grand classique. Jean-Eudes Tesson, notre conseiller conjugal de tout à l’heure, voit dans la multiplication des divorces rapides et celle, concomitante, des litiges post-séparation, l’illustration de notre appétit pour l’immédiat et l’instantané. On rate son mariage puis on rate son divorce, et on rate sa nouvelle vie en moins de temps qu’il ne faut pour y réfléchir. « Beaucoup ne prennent pas le temps de « faire couple » avant de se marier », estime-t-il. Il faudrait ensuite songer, aussi iconoclaste que cela puisse paraître, à prendre le temps de vider les abcès, avant de prendre le large. C’est à cela que servaient les différents paliers supprimés par la loi de 2004, efficacement, mais trop rarement remplacés aujourd’hui par la médiation. A lire cette longue enquête, on se demanderait presque pourquoi 500.000 courageux et courageuses s’entêtent encore, chaque année, à se mettre sous la gorge à Cupidon, sa propre flê-ê-ê-che…

© Audrey Pulvar

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