Pas de Bastille à prendre, pas de roi, ni de dictateur à faire tomber, mais un système à mettre par terre. La colère sourdait depuis longtemps et ceux qui en étaient habités ne se savaient pas être si nombreux. Comme hier en Tunisie ou en Egypte, comme dans toutes les révolutions en fait, même avant Facebook et Twitter –oui ce temps-là a existé !– il a fallu un symbole. C’est une tente, plantée par une artiste âgée de 25 ans. Elle ne trouvait pas de logement à un prix abordable, l’immobilier ayant connu dans son pays une inflation continue depuis des années. Alors, elle a installé son campement de fortune boulevard de Rotschild, ça ne s’invente pas. La scène se passe à Tel Aviv, Daphni Leef est devenue en quelques semaines l’héroïne de toute une génération. C’est elle qui a allumé la mèche, rejointe depuis par des dizaines de milliers de personnes et tout l’été, la mobilisation a battu son plein. Le reste du pays et du monde découvraient ahuris qu’en Israël aussi, on pouvait manifester, massivement, contre la vie chère, pour des services publics plus performants, un retour à l’Etat-providence et une réduction des écarts de revenus entre riches et pauvres. Dans un pays où toute contestation sociale a toujours été reléguée au second plan, après celui de la sécurité nationale, il ne fallut pourtant pas longtemps pour que l’incendie se propage. Bientôt, Jérusalem et d’autres villes du pays étaient gagnées par la contestation et des grèves de solidarité connaissaient un grand succès. Au point que Benyamin Netanyahu annonçait un plan d’urgence de construction de logement et créait une commission, qui devrait remettre d’ici une dizaine de jours des propositions de réformes. Le Premier ministre se déclarait même prêt à en rabattre, sur sa politique ultra-libérale. Comment dit-on « indigné » en hébreu ? Indignés ou résignés ? Le mouvement pâti de son propre succès. Hier, dimanche, 400 000 personnes dans les rues d’une quinzaine de villes. Du jamais vu dans l’histoire du pays. Ils n’en reviennent pas d’avoir vibré à l’unisson, de provoquer le débat dans toute la société et pourtant, un fossé s’élargit entre ceux qui veulent pousser l’avantage, maintenir le gouvernement sous pression, et ceux qui estiment qu’il est temps de laisser celui-ci travailler. Idéalistes contre réalistes ? Changer la vie ou s’en accommoder ? Relire L’homme révolté .

© Audrey Pulvar

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.