Le dessin de Jonaten du 06-02
Le dessin de Jonaten du 06-02 © Jonaten / Jonaten

Civilisation : ce qui rend les hommes plus sociables.

Civilisation : ensemble cohérents de sociétés , au pluriel, et de cultures . Au pluriel.

Civilisation : action de civiliser. Du latin civis , citoyen, qui a formé civilis , poli, raffiné, de mœurs convenables.

« Contrairement à ce que dit l’idéologie relativise de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation ».

Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, homme civilisé -s’il en est-, notoire défenseur de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Opposé, comme chacun le sait, à la minorité des femmes, surtout lorsqu’il s’agit d’investir des candidats aux législatives et pas du tout du genre à propager les haines sociales, ni ethniques. Non, non…

« Il semble que la diversité des cultures soit rarement apparue aux hommes pour ce qu'elle est : un phénomène naturel, résultant des rapports directs ou indirects entre les sociétés ; ils y ont plutôt vu une sorte de monstruosité ou de scandale ; dans ces matières, le progrès de la connaissance n'a pas tellement consisté à dissiper cette illusion au profit d'une vue plus exacte qu'à l'accepter ou à trouver le moyen de s'y résigner. L'attitude la plus ancienne (...) consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. " Habitudes de sauvages ", " cela n'est pas de chez nous ", " on ne devrait pas permettre cela "… autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l'Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas à la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens. Or, derrière ces épithètes se dissimule un même jugement : il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l'inarticulation du chant des oiseaux opposés à la valeur signifiante du langage humain. Et sauvage, qui veut dire " de la forêt ", évoque aussi un genre de vie animal par opposition à la culture humaine. Dans les deux cas, on refuse d'admettre le fait même de la diversité culturelle ; on préfère rejeter hors de la culture, dans la nature tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit.

En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie ».

Extrait de Race et Histoire

Claude Lévi-Strauss

Paru en 1967__

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